ANCIEN LAZARET DE VILLEFRANCHE-SUR-MER

L’ancien Lazaret de Villefranche, construit au milieu du XVIIe siècle dans l’angle le plus éloigné et le plus isolé du port, permettait la mise en quarantaine des hommes et des marchandises.

Les bâtiments subsistants ont été détruits en 1960. Seuls restent les anciens appontements du Lazaret et du bassin de construction de frégates, fortement dégradés et qui nécessitent une restauration urgente, ainsi que la tour dite « de Paganini » datant du XIXe siècle.

Le plan des rues de Villefranche mentionne « Chemin du Lazaret » pour désigner la route sans issue qui mène aux habitations du quartier Rochambeau. Parmi ceux qui l’empruntent, combien savent qu’à cet endroit s’édifiait un grand édifice destiné à la « purga » (quarantaine) des marchandises et des équipages et, au XVIIIème siècle, un chantier de construction de frégates ? Effacé lui aussi, le souvenir des épidémies de peste qui obligeaient à durcir le contrôle sanitaire à ces époques où la médecine se trouvait désemparée face aux ravages de cette maladie.

Selon les archives de Turin, le terrain où doit être construit le Lazaret est choisi en 1668, sous le règne de Charles Emmanuel (1635-1675). En 1669, un premier projet qui s’inspire du lazaret de Marseille, est adressé à l’administration piémontaise de lazaret, mais il est abandonné. Durant cette même année, un autre projet est conçu et accepté. L’édifice qui est alors construit est constitué de deux bâtiments rectangulaires alignés, formés de quatre galeries parallèles séparées par des arcades. Vers l’extérieur, de chaque côté, est placé un pavillon. Une enceinte, munie de tours d’angle, est percée de trois portes donnant sur des embarcadères d’arrivée et de départ bien séparés.

Deux cimetières sont aménagés auprès du Lazaret… L’un destiné à l’inhumation des chrétiens ; l’autre, avec sa mosquée, réservé aux musulmans. Au début du XIXème siècle, selon les archives du Génie militaire de Rome, on envisage de déplacer les cimetières en vue d’une réhabilitation du Lazaret. Cet ensemble, dénommé « Infirmeries », est toujours jugé utile par les autorités militaires et sanitaires. D’ailleurs, en 1835, une épidémie de cholera morbus ravage le Piémont et des médecins responsables de la Santé Publique correspondent avec leurs homologues français pour enrayer ce fléau. Malgré l’isolement, on compte déjà 90 malades et 53 morts parmi les « âmes villefranchoises ».

Dès 1860 l’État français se soucie de la reconversion du lieu. En 1885, les bâtiments du Lazaret perdent leur rôle sanitaire, comme le relate le « Journal de Monaco » et servent de casernement au 12ème Bataillon d’artillerie de forteresse.

Les deux conflits mondiaux renforceront l’isolement de ce lieu. Zone militaire oblige, peu de Villefranchois y avaient accès. Aujourd’hui les bâtiments d’habitation, d’abord réservés aux militaires, sont devenus des logements locatifs civils. Le prolongement du sentier du littoral en direction de Nice désenclave le lieu pour le rapprocher de son homologue niçois, le lazaret du port Lympia. 

DOCUMENTS SUR LE LAZARET

Il existe de nombreuses représentations du lazaret. La première, de Caullet, datant de 1669, montre probablement une version abandonnée.

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La deuxième, toujours de Caullet, en couleur (image en titre) ou en noir et blanc (ci-dessous), date de 1680, époque où le lazaret est achevé.

Les inscriptions présentes sur le dessin permettent de dater la construction et de connaître le fonctionnement du lazaret

Dessin baillé par Gaspard Caullet ayant eu la direction et application durant la fabrique, depuis l’année 1669 jusqu’à cejourd’hui 16 avril 1680.Gouverneur pour S.A.R. le dit Caullet.

Au dessus de la porte d’entrée des marchandises, il est précisé que le mole, au bout duquel a accosté un navire, mesure 12 trabucs de long et 5 de large (environ 38 m sur 16 m). A droite de cette porte : Le gouverneur à plus de 2 trabucs (6 m) des allées où les marchandises sont en purge donne les ordres à ceux qui sont avec la dite marchandise pour ouvrir les balles et manier comme il faut suivant sa qualité. De l’autre côté du grillage : Le gouverneur va voir les marchandises qui sont en purge, et ainsi fait son devoir.

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D’après l’état d’avancement des constructions sur la darse, ce plan provenant des archives de Gênes date de la première moitié du XVIII ème siècle.

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Le plan ci-dessus du lazaret, daté de 1784, est extrait d’un plan plus général projetant la construction d’un grand port devant le lazaret, jamais réalisée. Mais c’est en fait une surcharge d’un plan de 1759. Les repères en noir indiquent les constructions existantes, ceux en rouge, celles projetées.C’est le premier plan prévoyant l’aménagement au sud du lazaret d’un bassin de construction de frégates. D’après ce plan, le bâtiment sud du lazaret était utilisé pour loger la chiourme (les bagnards).

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En 1849, plusieurs plans très détaillés indiquent les travaux à réaliser pour le rétablissement du Lazaret suivant le projet du 10 décembre 1818. Ce sont les premiers plans sur lesquels figure la tour « Paganini », près de la falaise sud, au delà de tous les autres bâtiments.

Cette première gravure  représente le projet de transformation du lazaret intitulé : «  Pienta et Proffilo del Lazzaretto di Villafranca coll’indicazione de’Lavori per il suo ristabilimento per servire al projetto de’ 10 Dicembre 1818 » ;  La vue du lazaret depuis la mer et le plan de l’ensemble sont à la même échelle.

Sur une variante de cette gravure provenant des Archives du Génie Militaire de Rome relevée par Mara de Candido sont indiqués les différents éléments du lazaret existants et ceux à modifier ou à construire :

Le bâtiment sud où se situaient les fours pour la darse royale est à transformer en magasins et en logements pour la quarantaine de simple observation. Le bâtiment nord avait été transformé en bagne. Il est prévu d’y entreposer au rez-de-chaussée les grains et autres matières « non susceptibles  » et d’héberger au premier étage les équipages en quarantaine de simple observation. Le bassin de construction de frégates est destiné aux « sereines », c’est-à-dire à l’étalage à l’air libre des marchandises en vue de les désinfecter.

En bas à droite est détaillé le projet de création, dans le bâtiment en bord de mer à l’extrême sud du lazaret, d’un hôpital pour les personnes infectées de la peste ou autres maladies contagieuses, avec infirmerie, cuisine, latrines et une petite cour, complétées d’ une citerne à l’usage de l’infirmerie.

VESTIGES SUBSISTANTS


1/ LES ANCIENS APPONTEMENTS

L’ASPMV a effectué en 2022 un relevé détaillé de l’ensemble des quatre appontements qui ont servi au fonctionnement du lazaret ainsi qu’au bassin de construction des frégates.

Ces vestiges spectaculaires se dégradent d’année en année et sont actuellement en état de grand péril. Une restauration est donc indispensable et urgente.

Il est nécessaire, en particulier, de rapidement restaurer les deux débarcadères au droit de l’ancienne « forme » de construction des frégates.

Le sol du premier d’entre eux (au nord), constitué de blocs irréguliers et peu jointifs, devrait être reconstitué ; le sol du second débarcadère, en meilleur état global, devrait également être rapidement consolidé et la calade qui le constitue restaurée avant qu’elle ne disparaisse définitivement.


2/ LA TOUR DITE « DE PAGANINI »

La tour dite « de Paganini » a été construite au XIXe sur le côté des casernements qui ont remplacé progressivement l’ancien Lazaret. Elle reprend l’aspect des quatre tours d’angle détruites du Lazaret.

On raconte qu’elle a abrité la dépouille du célèbre violoniste, surnommé le Diable pour sa virtuosité. Mort à Nice en mai 1840, l’inhumation chrétienne lui est refusée. Le Comte de Cessole, magistrat de la Santé, décide de mettre la dépouille au Lazaret. Mais peu de temps après, il doit, de nuit, embarquer le cercueil et gagner par mer le Cap Ferrat pour un nouveau refuge. D’autres péripéties suivent jusqu’à l’inhumation officielle en 1876.


3/ AUTRES VESTIGES

Un bel encorbellement subsiste en bordure de mer. Sa fonction initiale reste à déterminer.

Il est important de consolider, en urgence, le grand mur constituant la limite méridionale primitive de l’ancien lazaret ; ce mur est en effet affecté d’importantes fissures qui menacent sa stabilité.

Il conviendrait en outre de promouvoir des opérations de recherches archéologiques. De telles opérations pourraient éventuellement concerner un petit secteur (à déterminer) de l’ancienne « forme » de construction des frégates (qui se situe sous l’actuel grand parking) ainsi que les anciens cimetières des bagnards chrétiens et esclaves musulmans qui sont en partie, mais pas totalement, recouverts par des immeubles d’habitation.

Retrouvée au milieu des ruines, après la démolition des casernes du Lazaret en 1960, cette pierre, sur laquelle est gravée une sourate du Coran, porte la date de 1724. Elle a longtemps intrigué les historiens. Des recherches dans les archives de Turin permettent de supposer que cette pierre se trouvait à l’origine dans une mosquée construite à l’extrémité du môle, lors des travaux du XVIII ème siècle, puis détruite en 1773 par une forte tempête. On peut penser que la pierre et le contenu de la mosquée furent transportés au Lazaret.

Traduction : Il n’est de Divinité qu’Allah. Muhammad est l’envoyé d’Allah. Ce lieu est celui où se tiennent les Justes. Qu’il prospère au pays des Infidèles par la grâce d’Allah et la grâce de ceux qui (avec l’Islam) sont dans la Vraie Voie…. (traduction André Cane)