{"id":3343,"date":"2023-01-07T08:47:49","date_gmt":"2023-01-07T07:47:49","guid":{"rendered":"https:\/\/darse.fr\/v2\/?page_id=3343"},"modified":"2024-11-09T10:36:32","modified_gmt":"2024-11-09T09:36:32","slug":"la-naissance-et-le-developpement-de-la-geologie-marine-a-villefranche-sur-mer-1950-1980","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/darse.fr\/v2\/?page_id=3343","title":{"rendered":"la naissance et le d\u00e9veloppement de la g\u00e9ologie marine \u00e0 Villefranche-sur-Mer (1950-1980)"},"content":{"rendered":"<div class=\"titrepage\" style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/travaux.html\">TRAVAUX<\/a><br \/>\nDU<br \/>\nCOMIT\u00c9 FRAN\u00c7AIS D&rsquo;HISTOIRE DE LA G\u00c9OLOGIE<br \/>\n&#8211; Troisi\u00e8me s\u00e9rie &#8211;<br \/>\nT. XXVI, 2012, n\u00b0 10<\/div>\n<div class=\"titre\" style=\"text-align: center;\">\n<p>La naissance et le d\u00e9veloppement de la g\u00e9ologie marine \u00e0 Villefranche-sur-Mer : des ann\u00e9es 1950 au milieu des ann\u00e9es 1980<\/p>\n<p><strong>Maurice GENNESSEAUX &amp; Jean MASCLE<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p><i>COMIT\u00c9 FRAN\u00c7AIS D&rsquo;HISTOIRE DE LA G\u00c9OLOGIE (COFRHIGEO)<br \/>\n(Communication \u00e9crite)<\/i><\/p>\n<table width=\"90%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<div class=\"ref\">\n<div class=\"st1\">R\u00e9sum\u00e9<\/div>\n<p>La g\u00e9ologie-g\u00e9ophysique marine a, de peu, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la naissance de la r\u00e9volution pour les sciences de la Terre qu&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 la tectonique des plaques. En France, la cr\u00e9ation et le d\u00e9veloppement de cette discipline sont essentiellement dus \u00e0 un homme,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/jacques_bourcart.html\">Jacques Bourcart<\/a>\u00a0qui, d\u00e8s avant la Seconde Guerre mondiale, eut l&rsquo;intuition de ce que l&rsquo;on pouvait attendre de l&rsquo;\u00e9tude du domaine marin et particuli\u00e8rement de ce qu&rsquo;il nomma alors le pr\u00e9continent, notre marge continentale d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est \u00e0 partir de Villefranche-sur-Mer, o\u00f9 il vint r\u00e9guli\u00e8rement au cours des ann\u00e9es 1950-1960, que Bourcart et une poign\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves entreprirent les analyses successives du pr\u00e9continent de la r\u00e9gion de Nice, puis peu \u00e0 peu de l&rsquo;ensemble de la marge m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise. La cr\u00e9ation du Cnexo, anc\u00eatre de l&rsquo;Ifremer, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des moyens \u00e0 la mer modernes (navires et engins) permirent ensuite d&rsquo;\u00e9tendre ces d\u00e9couvertes et analyses \u00e0 l&rsquo;ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental. D\u00e9s la fin des ann\u00e9es 1980, soit en moins de 25 ans, les caract\u00e9ristiques g\u00e9ologiques et g\u00e9ophysiques de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, ainsi que les grandes phases de son \u00e9volution, furent connues.<b>Mots-cl\u00e9s :\u00a0<\/b>Jacques Bourcart &#8211; marge continentale &#8211; M\u00e9diterran\u00e9e occidentale &#8211; vall\u00e9e sous-marine du Var &#8211; golfe du Lion &#8211; Messinien &#8211; Bassin Tyrrh\u00e9nien &#8211; XXe s.<\/p>\n<div class=\"st1\">Abstract<\/div>\n<p>The development of marine geological-geophysical studies has preceded the birth of the Plate Tectonics concept only by a few years. In France, the creation of this new research field is mainly due to Pr. Jacques Bourcart who, before World War II, had already the intuition that the analysis of the marine geological domain, and particularly of what he used to call the \u00ab\u00a0Precontinent\u00a0\u00bb, our today Continental Margin, was a major issue. It&rsquo;s from Villefranche-sur-Mer, where Bourcart used to come regularly in 1950-1960, that he initiated with a few students systematic researches, first in the area around Nice then, progressively, all along the French Mediterranean margin. The creation of Cnexo, ancestor of Ifremer, and the availability of modern and well-equipped research vessels allowed later on the development of marine geology programs to the entire western Mediterranean basin. By the late 80, in less than 25 years, all the main characteristics of the Western Mediterranean Sea, as well as the stages of its evolution, were well-established.<b>Key words :\u00a0<\/b>Jacques Bourcart &#8211; continental margin &#8211; Western Mediterranean &#8211; Var submarine valley &#8211; Gulf of Lions &#8211; Messinian &#8211; Tyrrhenian basin &#8211; 20th century<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div class=\"st0\">I &#8211; Les d\u00e9buts (des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1970) (M. G.)<\/div>\n<div class=\"st1\">Introduction<\/div>\n<p>\u00c9tant, para\u00eet-il, le t\u00e9moin le plus ancien de cette grande aventure, il ne m&rsquo;est pas facile, apr\u00e8s une longue retraite loin de ce magnifique site m\u00e9diterran\u00e9en, de raviver mes souvenirs \u00a0\u00bb oc\u00e9anographiques \u00ab\u00a0. Compte tenu des moyens techniques alors disponibles, nos recherches des d\u00e9buts n&rsquo;ont laiss\u00e9 en effet que peu ou pas de traces avant l&rsquo;explosion des d\u00e9couvertes scientifiques des ann\u00e9es soixante. En pr\u00e9ambule, je signale cependant que dans un petit m\u00e9moire c\u00e9l\u00e9brant les 125 ans de la station zoologique de Villefranche-sur-Mer, publi\u00e9 en 2011, Jean Mascle a retrac\u00e9 les premiers essors et les grandes \u00e9tapes de la recherche en g\u00e9ologie sous-marine, initi\u00e9es par le professeur\u00a0<a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/jacques_bourcart.html\">Jacques Bourcart<\/a>\u00a0et cantonn\u00e9es, un temps, \u00e0 la rade de Villefranche et \u00e0 son environnement c\u00f4tier proche. Outre un hommage au cr\u00e9ateur de la discipline, Jacques Bourcart, on trouvera dans ce chapitre une br\u00e8ve revue des principaux travaux conduits et des r\u00e9sultats obtenus au cours de ces ann\u00e9es par les g\u00e9ologues marins de Villefranche sur ce monde g\u00e9ologique incomparable et toujours plein de surprises qu&rsquo;est la M\u00e9diterran\u00e9e. Enfin, ce chapitre se conclura par une \u00e9vocation un peu plus d\u00e9taill\u00e9e de ce qui fut un terrain de recherches de proximit\u00e9 et de qualit\u00e9, non seulement pour moi-m\u00eame, mais aussi pour la majeure partie des chercheurs villefranchois : la pente continentale ni\u00e7oise et le delta sous-marin du Var qui fut, qui plus est, le lieu d&rsquo;un effondrement sous-marin et d&rsquo;un tsunami spectaculaire vers la fin des ann\u00e9es 1970 et qui demeure \u00e0 la fois un objet d&rsquo;\u00e9tude et un mod\u00e8le.<\/p>\n<div class=\"st1\">Jacques Bourcart : le fondateur<\/div>\n<p>D\u00e9s la fin de la Seconde Guerre mondiale, Jacques Bourcart fut le grand pr\u00e9curseur de la g\u00e9ologie marine et sous-marine en France. Sa carri\u00e8re scientifique fut plut\u00f4t surprenante : \u00e9tudes de m\u00e9decine, \u00e9veil oc\u00e9anographique lors de s\u00e9jours \u00e0 Roscoff, conscrit au Maroc, m\u00e9decin et g\u00e9ologue en Albanie (durant la Grande Guerre) ; l\u00e0, il r\u00e9digea sa th\u00e8se tout en acqu\u00e9rant une grande estime de la part des Albanais ; il fut ensuite directeur de l&rsquo;Institut ch\u00e9rifien pendant dix ans, puis ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 la Sorbonne au cours des ann\u00e9es 1930. S&rsquo;orientant plus sp\u00e9cifiquement vers le domaine marin d\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, Jacques Bourcart acquit rapidement une grande comp\u00e9tence sur la dynamique et la physico-chimie s\u00e9dimentaire, ce qui le conduisit \u00e0 devenir expert lors de la r\u00e9alisation du barrage de la Rance, et, avec\u00a0<a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/gilbert-boillot.html\">Gilbert Boillot<\/a>, pour les \u00e9tudes sur la baie du Mont-Saint-Michel d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9e d&rsquo;ensablement ; charg\u00e9 de cours \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des ponts et chauss\u00e9es, conseiller pour la construction de barrages hydro\u00e9lectriques au Maghreb, conseiller de la Marine nationale, succ\u00e9dant \u00e0 L\u00e9on Lutaud, Jacques Bourcart devint, en 1955, directeur du laboratoire de g\u00e9ographie physique de la Sorbonne, enfin membre de l&rsquo;Institut.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-1.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 1. Jacques Bourcart (1891-1965).<\/center>D\u00e8s 1945, Jacques Bourcart vint r\u00e9guli\u00e8rement, pour ses vacances, \u00e0 Villefranche-sur-Mer, o\u00f9 il fut d&rsquo;abord h\u00e9berg\u00e9 \u00e0 la station zoologique, cr\u00e9\u00e9e d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle dans un ancien bagne, et alors dirig\u00e9e par le professeur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.idref.fr\/084353422\">Tr\u00e9gouboff<\/a>. Plus tard, au cours des ann\u00e9es 1950, l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;un b\u00e2timent annexe dit de la \u00a0\u00bb Vielle Forge \u00a0\u00bb lui donna l&rsquo;occasion d&rsquo;installer un v\u00e9ritable petit laboratoire de g\u00e9ologie marine. J&rsquo;ai plaisir \u00e0 me souvenir de ses longues dict\u00e9es \u00e0 son \u00e9pouse, \u00a0\u00bb secr\u00e9taire \u00a0\u00bb de toute heure et de longue date. Dot\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9moire exceptionnelle, Jacques Bourcart pouvait sans interruption ajouter \u00e0 son texte des donn\u00e9es de toutes sortes ; sa \u00a0\u00bb secr\u00e9taire \u00a0\u00bb le sermonnait quand il avait une h\u00e9sitation et nous bl\u00e2mait gentiment quand nous les d\u00e9rangions. Ses premiers travaux \u00e0 la mer furent entrepris avec la \u00a0\u00bb Sagitta \u00ab\u00a0, petit pointu oc\u00e9anographique de la station zoologique, dans la rade de Villefranche et au long du littoral de la baie des Anges pratiquement exempts de plateau continental. Quand nous lui parlions d&rsquo;acqu\u00e9rir un bateau plus adapt\u00e9 et donc plus grand, il r\u00e9pondait invariablement, sachant les servitudes que cela entra\u00eenait, \u00a0\u00bb je ne veux pas laver de draps \u00a0\u00bb !<\/p>\n<p>Avec Ginette Enard, sa dessinatrice, et\u00a0<a href=\"http:\/\/www.histcnrs.fr\/archives-orales\/lalou.html\">Claude Lalou<\/a>, g\u00e9ochimiste, nous entrepr\u00eemes ensuite la cartographie syst\u00e9matique de la marge continentale nord-m\u00e9diterran\u00e9enne. Bourcart b\u00e9n\u00e9ficia alors de levers bathym\u00e9triques, r\u00e9alis\u00e9s entre 1935 et 1937 au niveau du golfe du Lion par l&rsquo;ing\u00e9nieur Marti avec un \u00e9chosondeur de son invention ; avec ces documents, tenus secrets pendant l&rsquo;occupation allemande, et ses propres levers, Jacques Bourcart entama, d\u00e8s 1950, la publication de ses premi\u00e8res cartes bathym\u00e9triques, puis publia en 1958, en couronnement de ces \u00e9tudes, une carte g\u00e9n\u00e9rale de la marge m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise, document illustrant un fort relief d\u00e9coup\u00e9 par une suite ininterrompue de canyons ou grandes vall\u00e9es sous-marines.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-2.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 2. Carte des gorges sous-marines du golfe du Lion, d&rsquo;apr\u00e8s des lev\u00e9s de Marti et Anthoine, compl\u00e9t\u00e9s par ceux de l&rsquo; \u00a0\u00bb Ing\u00e9nieur Elie Monier \u00a0\u00bb (L\u00e9gende originale de la figure 72 de l&rsquo;ouvrage de J. Bourcart,\u00a0<i>Les Fronti\u00e8res de l&rsquo;Oc\u00e9an<\/i>).<\/center><\/p>\n<div class=\"st1\">La flexure continentale et la marge continentale selon Jacques Bourcart<\/div>\n<p>Avant-guerre, Jacques Bourcart imagina un concept g\u00e9otectonique qu&rsquo;il fut sans doute le seul \u00e0 vraiment d\u00e9fendre : la flexure continentale. Mais il voulait \u00e9galement lui associer une preuve qu&rsquo;il jugeait irr\u00e9futable : le creusement a\u00e9rien des canyons sous-marins. Ce sont ces deux id\u00e9es qu&rsquo;il d\u00e9veloppera jusqu&rsquo;en 1958 dans plusieurs ouvrages, le premier publi\u00e9 d\u00e8s 1927 sous le titre\u00a0<i>La th\u00e9orie de la Flexure continentale<\/i>. C&rsquo;est sans doute leur proximit\u00e9, ainsi que le nombre important de vall\u00e9es sous-marines (19 bien caract\u00e9ris\u00e9es tout au long de la marge m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise) qui l&rsquo;attacha \u00e0 Villefranche-sur-Mer (et ce jusqu&rsquo;\u00e0 sa retraite en 1965), o\u00f9 il fonda un laboratoire de g\u00e9ologie sous-marine en 1955. Ses vues et sch\u00e9mas sur l&rsquo;orogen\u00e8se et la subsidence \u00e9taient en accord avec les id\u00e9es d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.annales.org\/archives\/x\/haug.html\">\u00c9mile Haug<\/a>, en particulier celle concernant la synchronisation des mouvements synclinaux et anticlinaux, id\u00e9e fortement contest\u00e9e par la suite et, bien s\u00fbr, aussi sur la fixit\u00e9 des aires continentales. Mais Bourcart associait ces deux mouvements, oppos\u00e9s, \u00e0 une continuit\u00e9 de part de d&rsquo;autre du rivage, de la cro\u00fbte continentale. La partie bomb\u00e9e vers le haut repr\u00e9sentait dans sa vision le socle continental \u00e9merg\u00e9, la partie en d\u00e9pression le socle continental sous-marin, tous deux caract\u00e9ris\u00e9s par une certaine \u00a0\u00bb souplesse \u00ab\u00a0. Bien qu&rsquo;il n&rsquo;en ait pas fait une g\u00e9n\u00e9ralisation mondiale, il admettait que, dans la majorit\u00e9 des cas, la ligne d&rsquo;inversion des mouvements pouvait sensiblement correspondre au littoral, ce dernier n&rsquo;ayant que peu vari\u00e9 au cours des temps g\u00e9ologiques. A tel point qu&rsquo;il incluait dans ses entit\u00e9s le couple du concept g\u00e9osynclinal-g\u00e9anticlinal, mais aussi par exemple des ensembles comme Bretagne\/Manche ou falaise nord-flamande\/mer du Nord. Ce mod\u00e8le allait le conduire \u00e0 une autre hypoth\u00e8se qui lui tenait \u00e0 c\u0153ur. Un soul\u00e8vement continental aboutissant \u00e0 une \u00e9rosion terrestre et \u00e0 une s\u00e9dimentation dans le domaine marin pouvait conduire, en sens inverse, \u00e0 une r\u00e9duction du d\u00e9tritique terrestre, ainsi qu&rsquo;au soul\u00e8vement de la marge continentale, voire \u00e0 son \u00e9mersion et \u00e0 son \u00e9rosion ainsi qu'\u00a0\u00bb au creusement fluvial ou torrentiel des canyons sous-marins \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Ce concept de flexure continentale, b\u00e2ti sur un exc\u00e8s de choix des meilleurs arguments, n&rsquo;a pas fait \u00e9cole, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il arrivait en m\u00eame temps que ceux de la d\u00e9rive des continents ou, un peu plus tard, de la tectonique des plaques ! Mais reconnaissons que ce foisonnement d&rsquo;id\u00e9es, certes parfois pas toujours bien ordonn\u00e9es dans ses ouvrages, honore fortement son auteur.<\/p>\n<div class=\"st1\">L&rsquo;essor progressif du laboratoire de g\u00e9ologie sous-marine : la marge m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise au cours des ann\u00e9es 1960-1970<\/div>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tude des canyons m\u00e9diterran\u00e9ens (marge continentale du Sud de la France et de Corse), de leur morphologie, bathym\u00e9trie, structure, remplissage et fonctionnement qui a, de fait, constitu\u00e9 la majeure partie de l&rsquo;activit\u00e9 du professeur Bourcart et de son \u00e9quipe d&rsquo;alors, initialement tr\u00e8s r\u00e9duite (<a href=\"http:\/\/www.histcnrs.fr\/archives-orales\/lalou.html\">Claude Lalou<\/a>, Fran\u00e7ois Otman, Eloi Klimek, Maurice Gennesseaux). Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, la rusticit\u00e9 des moyens d&rsquo;\u00e9tude et l&rsquo;absence effective de navire de recherches constituaient encore des obstacles. En 1948, ce furent plusieurs croisi\u00e8res sur le\u00a0<i>Chasseur 142<\/i>\u00a0puis sur l&rsquo;aviso\u00a0<i>\u00c9lie Monier<\/i>, sur lequel Bourcart fut re\u00e7u au sifflet comme un commandant de la Marine nationale, qui permirent la r\u00e9alisation de bons levers bathym\u00e9triques au long de la marge des Maures et de l&rsquo;Esterel. Un souvenir amusant me revient : lors du premier embarquement, le sondeur, qui \u00e9tait un \u00e9metteur dirig\u00e9 en oblique pour la d\u00e9tection des sous-marins, fut remis \u00e0 la verticale pour le sondage bathym\u00e9trique ; mais les \u00e9chos tr\u00e8s distants \u00e9taient imprim\u00e9s \u00e0 l&rsquo;iode, tr\u00e8s instable ; dans les secondes suivantes, ces \u00e9chos devaient \u00eatre renforc\u00e9s au crayon. Redoutable odeur par mauvais temps et pendant tout un quart ! Mentionnons \u00e9galement les difficult\u00e9s de positionnement d&rsquo;un navire sans radar lors des levers bathym\u00e9triques. Les trois membres de l&rsquo;\u00e9quipe, chacun arm\u00e9 d&rsquo;un sextant, devaient suivre la variation angulaire entre deux amers c\u00f4tiers jusqu&rsquo;\u00e0 un top radio, et ce \u00e0 la seconde pr\u00e8s. Une mobilisation pendant des heures avec des erreurs que le d\u00e9vou\u00e9 commandant Houot devait corriger avec son grand compas \u00e0 trois branches pour obtenir une pr\u00e9cision du lever tr\u00e8s variable, suivant la distance \u00e0 la c\u00f4te et le roulis pour les observateurs.<\/p>\n<p>Les moyens de travail se sont ensuite consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9s avec l&rsquo;utilisation de la\u00a0<i>Calypso<\/i>, ancien dragueur de mines am\u00e9ricain de 42 m, que\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques-Yves_Cousteau\">Jacques-Yves Cousteau<\/a>\u00a0acquit en 1950 pour un franc symbolique, et dont des m\u00e9c\u00e8nes assur\u00e8rent l&rsquo;\u00e9quipement. Dot\u00e9e d&rsquo;une grue, d&rsquo;un sondeur perfectionn\u00e9 et d&rsquo;un radar, la\u00a0<i>Calypso<\/i>\u00a0fut lou\u00e9e par le CNRS pour plusieurs campagnes f\u00e9condes. Ce fut v\u00e9ritablement une \u00e8re nouvelle qui commen\u00e7ait. C&rsquo;est un peu plus tard que notre laboratoire acquit un carottier \u00e0 piston (import\u00e9 de la Scripps gr\u00e2ce \u00e0 Francis\u00a0<a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Francis_Parker_Shepard\">Shepard<\/a>) ; ce fut le premier appareil de ce type utilis\u00e9 en France. La p\u00e9n\u00e9tration dans les s\u00e9diments fins et peu compact\u00e9s pouvait alors atteindre 10 m. Nous d\u00e9couvr\u00eemes ainsi, bien avant la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es de sismique r\u00e9flexion, la similitude fr\u00e9quente des d\u00e9p\u00f4ts marneux meubles du Quaternaire r\u00e9cent, d&rsquo;\u00e9paisseur souvent \u00a0\u00bb excessive \u00ab\u00a0, due \u00e0 l&rsquo;intense \u00e9rosion alpine. La p\u00e9n\u00e9tration d\u00e9passait par contre rarement 10 cm dans les marnes indur\u00e9es plioc\u00e8nes. Le carottage dans les d\u00e9p\u00f4ts tr\u00e8s grossiers de coul\u00e9es gravitaires (mat\u00e9riaux non coh\u00e9sifs) \u00e9tait incertain et m\u00eame souvent erron\u00e9 du fait d&rsquo;un granoclassement artificiel dans le tube de carottage lors des op\u00e9rations de r\u00e9cup\u00e9ration. La perte, un jour, du carottier \u00e0 piston fut une catastrophe, surtout en l&rsquo;absence de cr\u00e9dits de renouvellement ! La connaissance de la dynamique s\u00e9dimentaire au sein des canyons du Var et de Corse s&rsquo;en trouva malgr\u00e9 tout prodigieusement am\u00e9lior\u00e9e !<\/p>\n<div class=\"st1\">Canyons et vall\u00e9es sous-marines<\/div>\n<p>Afin de discuter \u00e0 la fois de la formation et de l&rsquo;\u00e2ge des canyons m\u00e9diterran\u00e9ens que nous avons \u00e9tudi\u00e9s, on doit distinguer ceux du golfe du Lion o\u00f9, \u00e0 l&rsquo;exception du \u00a0\u00bb rech \u00a0\u00bb Lacaze-Duthiers (bordure pyr\u00e9n\u00e9enne), ces derniers s&rsquo;apparentent \u00e0 un front de delta, sans doute peu actif aujourd&rsquo;hui sauf \u00e0 ses extr\u00e9mit\u00e9s pyr\u00e9n\u00e9enne et proven\u00e7ale. Nous indiquons plus loin qu&rsquo;au Messinien le Rh\u00f4ne n&rsquo;entaille que faiblement le rebord ; le comblement, lors de la transgression plioc\u00e8ne, a probablement en grande partie oblit\u00e9r\u00e9 le relief s\u00e9dimentaire de la pente continentale fini-messinienne ; le r\u00f4le majeur d&rsquo;entaille du rebord et du creusement relativement ais\u00e9 revient donc surtout aux r\u00e9gressions quaternaires r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Le creusement du front de delta par des glissements boueux et des courants de turbidit\u00e9 (qui alimentent le delta profond ou \u00a0\u00bb deep sea fan \u00ab\u00a0) sugg\u00e8re une \u00e9rosion r\u00e9gressive du rebord continental central sous l&rsquo;action des houles. Les loupes de d\u00e9collement observ\u00e9es sur la pente continentale pr\u00e9sagent peut-\u00eatre de nouvelles vall\u00e9es. La t\u00eate du canyon Bourcart (proche du \u00a0\u00bb rech \u00a0\u00bb Lacaze-Duthiers), que nous avons explor\u00e9e en plong\u00e9e avec la soucoupe\u00a0<i>Cyana<\/i>, correspond quant \u00e0 elle \u00e0 un cirque parfaitement r\u00e9gulier et peu pentu et qui n&rsquo;annonce pas de vastes glissements s\u00e9dimentaires. On remarqua alors que les d\u00e9p\u00f4ts s\u00e9dimentaires semblent r\u00e9duits sur le plateau externe, ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9 tr\u00e8s fr\u00e9quemment sur la plupart des larges plateaux continentaux du fait de l&rsquo;\u00e9rosion due aux courants et aux ondes de temp\u00eate.<\/p>\n<p>Les canyons entaill\u00e9s dans des roches cristallines suscitent de tout autres r\u00e9flexions. Manifestement, comme l&rsquo;observa Bourcart, ils offrent des caract\u00e8res de fleuves et ne peuvent donc avoir \u00e9t\u00e9 creus\u00e9s sous la mer. Une \u00e9mersion de leur base jusqu&rsquo;\u00e0 -2 000 m est quant \u00e0 elle impensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale ; de m\u00eame un creusement sinueux au sein d&rsquo;un r\u00e9seau de failles crois\u00e9es est incapable de tracer un lit ; les coul\u00e9es boueuses, ou courants turbides, sont des m\u00e9canismes impuissants. Il ne restait alors comme m\u00e9canisme que celui d&rsquo;une d\u00e9formation souple de la lithosph\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire la flexure continentale (soul\u00e8vement) afin de permettre l&rsquo;exondation et le creusement a\u00e9rien ! Mais Bourcart, bien qu&rsquo;il ait effectivement envisag\u00e9 une importante r\u00e9gression dite \u00a0\u00bb pontienne \u00ab\u00a0, n&rsquo;avait pas pu conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9pisode messinien (d\u00e9crit seulement en 1970), entra\u00eenant un ass\u00e8chement partiel de la M\u00e9diterran\u00e9e et non un soul\u00e8vement de ses marges.<\/p>\n<p>De nos jours, la communaut\u00e9 scientifique estime que le creusement des canyons de M\u00e9diterran\u00e9e s&rsquo;est fait au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9gression messinienne, soit durant un peu moins d&rsquo;1 million d&rsquo;ann\u00e9es. On peut toutefois remarquer :<\/p>\n<ul>\n<li>qu&rsquo;une telle dur\u00e9e para\u00eet tr\u00e8s br\u00e8ve pour produire de telles entailles, atteignant parfois plusieurs centaines de m\u00e8tres au sein de roches cristallines ;<\/li>\n<li>qu&rsquo;en admettant un niveau possible de d\u00e9p\u00f4ts \u00e9vaporitiques vers -1500 m sous le niveau actuel de la mer, on ne peut pas ais\u00e9ment expliquer le prolongement de telles vall\u00e9es (actuellement d\u00e9celables par sismique) de leur cours sup\u00e9rieur (rocheux) jusqu&rsquo;\u00e0 -2 500 m (voire plus) en milieu sous-marin.<\/li>\n<\/ul>\n<p>On en est conduit \u00e0 sugg\u00e9rer qu&rsquo;en M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, un trac\u00e9 a\u00e9rien de ces vall\u00e9es a pu s&rsquo;amorcer au large des Maures et de la Corse, d\u00e8s le d\u00e9but de la p\u00e9riode du rifting oligoc\u00e8ne ; ces vall\u00e9es auraient ensuite \u00e9t\u00e9 combl\u00e9es par la couverture s\u00e9dimentaire mioc\u00e8ne, puis d\u00e9blay\u00e9es durant le Messinien et le Quaternaire (soul\u00e8vements tectoniques). L&rsquo;\u00e9rosion aurait \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par le contr\u00f4le tectonique ; un trac\u00e9 en \u00a0\u00bb zigzag \u00a0\u00bb des r\u00e9seaux de failles crois\u00e9es semble d&rsquo;ailleurs compatible avec la morphologie actuelle des canyons de la marge rocheuse m\u00e9diterran\u00e9enne. L&rsquo;histoire propos\u00e9e de ces vall\u00e9es est sans doute un cas assez sp\u00e9cifique \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale du fait de l&rsquo;importante r\u00e9gression messinienne, \u00e9pisode que Bourcart n&rsquo;avait pas pu conna\u00eetre.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres chercheurs du laboratoire de Villefranche-sur-Mer, pour la plupart en cours de th\u00e8se, poursuivirent peu apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9tude de la marge proven\u00e7ale et de ses canyons sous-marins : Gilbert Bellaiche et Guy Pautot au large de l&rsquo;Esterel, Jean Mascle au large des Maures, Jean-Pierre Rehault et Maurice Gennesseaux sur le canyon du Var et au large de la Corse, Alain Mauffret \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du bassin catalan, tous alors sous la direction de\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis_Glangeaud\">Louis Glangeaud<\/a>, qui, en 1960, succ\u00e9da \u00e0 Jacques Bourcart. Peu de temps apr\u00e8s, l&rsquo;acquisition par le CNRS d&rsquo;un chalutier dieppois, le fameux\u00a0<i>Catherine Laurence<\/i>, am\u00e9nag\u00e9 par Wladimir Nest\u00e9roff pour la plong\u00e9e, le carottage, et la sismique r\u00e9flexion, vint alors compl\u00e9ter les possibilit\u00e9s de campagnes \u00e0 la mer \u00e0 partir des navires du tout jeune CNEXO.<\/p>\n<div class=\"st1\">Le cas du golfe du Lion<\/div>\n<p>Au-del\u00e0 de la C\u00f4te d&rsquo;Azur, lieu privil\u00e9gi\u00e9 de nos recherches d&rsquo;alors, notre attention fut \u00e9galement attir\u00e9e par l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9odynamique du golfe du Lion et de sa marge, model\u00e9e par de nombreuses vall\u00e9es sous-marines (Fig. 2). \u00c0 pr\u00e8s de 20 ans d&rsquo;intervalle, deux \u00e9tudes furent conduites, la premi\u00e8re au cours des ann\u00e9es 1950 par Jacques Bourcart. Pour l&rsquo;essentiel, le golfe du Lion correspond \u00e0 un vaste plateau continental c\u00e9nozo\u00efque. \u00c0 la suite de levers ant\u00e9rieurs dus \u00e0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.idref.fr\/112957153\">Georges Pruvot<\/a>, la premi\u00e8re \u00e9tude entreprise nous permit, avec peu de donn\u00e9es, de dresser une \u00e9bauche de la structure et de l&rsquo;histoire s\u00e9dimentaire de cette r\u00e9gion. Des forages effectu\u00e9s en Camargue avaient montr\u00e9 que le plateau est \u00e9galement recouvert par une s\u00e9rie mioc\u00e8ne de 800 m d&rsquo;\u00e9paisseur, reposant sur un \u00e9pais substratum m\u00e9sozo\u00efque. Le creusement des vall\u00e9es terrestres et sous-marines se serait donc effectu\u00e9 durant le Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur, comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 des dragages r\u00e9alis\u00e9s sur les versants du canyon Lacaze-Duthiers au large de Banyuls. La transgression plioc\u00e8ne fut rapide (la fameuse \u00a0\u00bb r\u00e9volution plioc\u00e8ne \u00a0\u00bb de Bourcart) ; cette derni\u00e8re combla les vall\u00e9es de \u00a0\u00bb marnes bleues \u00a0\u00bb planctoniques. Le toit du Plioc\u00e8ne est soulign\u00e9 par un soul\u00e8vement et un surcreusement des canyons, r\u00e9gis ensuite par les variations quaternaires du niveau marin. Les nombreux canyons offrent un trajet complexe, avec des captures et des affluents, cours sinueux facilit\u00e9s par la plasticit\u00e9 des marnes. Au pied de la marge, des levers post\u00e9rieurs de sismique r\u00e9flexion ont par la suite d\u00e9montr\u00e9 que la base de leurs d\u00e9p\u00f4ts profonds \u00e9tait recouverte d&rsquo;un \u00e9pais d\u00e9p\u00f4t de turbidites delta\u00efques r\u00e9centes (le \u00a0\u00bb deep sea fan \u00ab\u00a0). Dans le \u00a0\u00bb rech \u00a0\u00bb Lacaze-Duthiers, les versants entaill\u00e9s au sein du Mioc\u00e8ne et plaqu\u00e9s de Plioc\u00e8ne nous ont alors apport\u00e9 la preuve d&rsquo;un creusement a\u00e9rien au cours du Tortonien-Messinien. Plus tard (en 1978) nous entrepr\u00eemes, avec Dominique Lefebvre, une nouvelle \u00e9tude de la structure du golfe du Lion ainsi que de la phase messinienne d&rsquo;ass\u00e8chement m\u00e9diterran\u00e9en ; nous avions alors acc\u00e8s aux enregistrements d&rsquo;un dense r\u00e9seau de sismique r\u00e9flexion p\u00e9troli\u00e8re, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des donn\u00e9es de plusieurs forages profonds fournis par la Compagnie fran\u00e7aise des P\u00e9troles. Un traitement informatique des donn\u00e9es bathym\u00e9triques et sismiques permit d&rsquo;obtenir des cartes en 3D restituant la topographie messinienne du plateau delta\u00efque, et de d\u00e9montrer, d\u00e8s 1979, la probable faible profondeur du bassin messinien.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-3.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 3. Les isochrones du toit du Messinien sous le golfe du Lion illustrent la travers\u00e9e du plateau continental messinien par le Rh\u00f4ne, divis\u00e9 en deux branches, la faible d\u00e9clivit\u00e9 du cours et parfois m\u00eame des cours inverses de type endor\u00e9ique.<\/center>Le vaste delta du Rh\u00f4ne, limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ouest par le \u00a0\u00bb rech \u00a0\u00bb Lacaze-Duthiers (versant pyr\u00e9n\u00e9en) et \u00e0 l&rsquo;est, par le canyon de la Cassidaigne (baptis\u00e9 ainsi par Bourcart), poss\u00e8de un socle acoustique, probablement m\u00e9sozo\u00efque, tr\u00e8s fortement fractur\u00e9 en horsts et grabens, de m\u00eame orientation SW-NE que les structures du rift liguro-proven\u00e7al. Ces horsts auraient donc les caract\u00e8res de blocs bascul\u00e9s g\u00e9n\u00e9r\u00e9s durant l&rsquo;Oligoc\u00e8ne. Au sein des grabens, la transgression mioc\u00e8ne a recouvert l&rsquo;ensemble des couches s\u00e9dimentaires, peu d\u00e9form\u00e9es, de pr\u00e8s de 1 000 m de s\u00e9diments, cr\u00e9ant un plateau continental primitif peu profond et une pente continentale faiblement Inclin\u00e9e, qui pr\u00e9figure le front du delta actuel, toutefois incomplet dans sa partie orientale et proven\u00e7ale. On constate, comme l&rsquo;indiquait tr\u00e8s t\u00f4t Bourcart, que la transgression plioc\u00e8ne s&rsquo;est faite tr\u00e8s rapidement, sans conglom\u00e9rat de base. Elle recouvre directement les reliefs de la surface d&rsquo;exondation messinienne et d\u00e9pose d&rsquo;\u00e9paisses couches de \u00a0\u00bb vases bleues \u00a0\u00bb plus d\u00e9form\u00e9es sur le front de progradation delta\u00efque. Les forages indiquent que les faunes y sont bathyales et cela m\u00eame en milieu peu profond. Aujourd&rsquo;hui, pr\u00e8s du littoral, le plateau continental est recouvert pr\u00e8s de son rebord, par des s\u00e9diments r\u00e9siduels, contenant souvent des d\u00e9bris coquilliers fortement glauconieux et du quartz.<\/p>\n<p>Un lever bathym\u00e9trique par sondeur multifaisceau, r\u00e9alis\u00e9 ult\u00e9rieurement par l&rsquo;Ifremer (sous la direction de Guy Pautot et Gilbert Bellaiche), a permis depuis de cartographier l&rsquo;ensemble de la marge et du large \u00a0\u00bb deep sea fan \u00a0\u00bb profond, accumulation delta\u00efque de coul\u00e9es turbiditiques quaternaires.<\/p>\n<div class=\"st1\">Le Messinien et ses \u00e9vaporites<\/div>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement messinien (\u00a0\u00bb Messinian event \u00ab\u00a0), autrement dit l&rsquo;ass\u00e8chement marin partiel de l&rsquo;ensemble des bassins de M\u00e9diterran\u00e9e et le d\u00e9p\u00f4t concomitant d&rsquo;\u00e9paisses couches salif\u00e8res (donnant localement naissance \u00e0 des diapirs), furent l&rsquo;un et l&rsquo;autre l&rsquo;objet de nombreuses controverses, tant cet \u00e9v\u00e9nement demeure exceptionnel \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du Globe. Un premier indice en fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 lors de la d\u00e9couverte par le commandant Alinat (alors en poste au Mus\u00e9e oc\u00e9anographique de Monaco), avec l&rsquo;aide d&rsquo;une tro\u00efka (tra\u00eeneau sous-marin tract\u00e9 con\u00e7u par\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques-Yves_Cousteau\">Jacques-Yves Cousteau<\/a>\u00a0et \u00e9quip\u00e9 de cam\u00e9ras), d&rsquo;un bombement m\u00e9trique accidentant le fond marneux de la mer Ligure et que Bourcart interpr\u00e9ta comme un front de turbidites. Peu de temps apr\u00e8s (1962), une \u00e9quipe de chercheurs am\u00e9ricains mit en \u00e9vidence, par sismique r\u00e9flexion continue utilisant un \u00e9metteur acoustique de 100 000 joules (et ceci pour la premi\u00e8re fois en M\u00e9diterran\u00e9e), un ensemble de d\u00f4mes traversant le Plio-Quaternaire depuis le toit du Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur. La densit\u00e9 de ces structures fit d&rsquo;abord conclure \u00e0 des diapirs de boues. Une grande incertitude r\u00e9gnait alors \u00e0 propos de la stratigraphie du bassin occidental, que la sismique r\u00e9flexion et r\u00e9fraction ne pouvait lever avec certitude. \u00c0 cette \u00e9poque, la plupart des g\u00e9ologues traditionnels, dont Glangeaud, identifi\u00e8rent sous le Plio-Quaternaire un socle interpr\u00e9t\u00e9 comme continental et directement recouvert d&rsquo;une couverture de marnes attribu\u00e9es au Trias, donnant naissance \u00e0 des diapirs. Les 27 forages r\u00e9alis\u00e9s en M\u00e9diterran\u00e9e en 1970, sous la direction de Bill Ryan et\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Kenneth_Hsu\">Ken Hs\u00fc<\/a>, lors de la prodigieuse campagne DSDP 13 du navire\u00a0<i>Glomar Challenger<\/i>, avec une \u00e9quipe internationale \u00e0 laquelle particip\u00e8rent Nest\u00e9roff et Pautot, p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9p\u00f4ts mioc\u00e8nes jusqu&rsquo;au Langhien. Les s\u00e9ries \u00e9chantillonn\u00e9es sont globalement constitu\u00e9es de marnes bleues, avec une faune planctonique peu abondante, connue dans d&rsquo;autres bassins continentaux. Ces d\u00e9p\u00f4ts sont recouverts d&rsquo;un Messinien \u00e9vaporitique (Mioc\u00e8ne terminal), sous la forme d&rsquo;une couche \u00e9paisse de 400 \u00e0 900 m, pr\u00e9sente dans l&rsquo;ensemble de la M\u00e9diterran\u00e9e, et bien mise en \u00e9vidence, en sismique r\u00e9flexion, par de forts r\u00e9flecteurs.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-4.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 4. Profils sismiques illustrant la pr\u00e9sence de Messinien \u00e9vaporitique au centre du bassin occidental ; l&rsquo;interpr\u00e9tation stratigraphique ainsi que les vitesses sismiques de ces formations sont \u00e9galement indiqu\u00e9es (d&rsquo;apr\u00e8s Rehault et al. 1985).<\/center>L&rsquo;un des forages p\u00e9n\u00e9tra sur 70 m ces d\u00e9p\u00f4ts salif\u00e8res, tout en montrant que les stratifications y sont tr\u00e8s complexes et vari\u00e9es. La base de la s\u00e9rie est parcourue de laminations dolomitiques contenant des faunes planctoniques. Le type de d\u00e9p\u00f4ts salif\u00e8res varie de place en place et de bassin en bassin. Ce sont des gypses, halites, anhydrites, ces derni\u00e8res surtout pr\u00e9sentes dans le bassin occidental. Au toit de la formation, la pr\u00e9sence de boues dolomitiques indique le passage aux marnes plioc\u00e8nes. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle de la M\u00e9diterran\u00e9e, les masses d&rsquo;\u00e9vaporites d\u00e9pos\u00e9es sont \u00e9normes ; on estime en effet que plus d&rsquo;un million de kilom\u00e8tres cubes de sels et gypses, soit 5% de la salinit\u00e9 mondiale, furent alors d\u00e9pos\u00e9s !<\/p>\n<div class=\"st1\">La bathym\u00e9trie messinienne<\/div>\n<p>Comme indiqu\u00e9 plus haut, la profondeur des d\u00e9p\u00f4ts \u00e9vaporitiques au sein du bassin messinien a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de nombreuses controverses et publications, qu&rsquo;on ne peut r\u00e9sumer qu&rsquo;avec beaucoup de pr\u00e9cautions et de raccourcis. De nombreux \u00e9v\u00e9nements tectoniques et s\u00e9dimentaires se sont en effet succ\u00e9d\u00e9 depuis l&rsquo;Oligoc\u00e8ne (d\u00e9but du rifting de M\u00e9diterran\u00e9e occidentale) jusqu&rsquo;au Quaternaire le plus r\u00e9cent. Ce sont souvent des hypoth\u00e8ses portant soit sur la subsidence thermique, le taux de s\u00e9dimentation, ou encore des effondrements ou des acc\u00e9l\u00e9rations des mouvements distensifs. Pour certains auteurs comme Hs\u00fc, Ryan ou encore\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Xavier_Le_Pichon\">Xavier Le Pichon<\/a>, se fondant sur des donn\u00e9es g\u00e9ophysiques, la profondeur de d\u00e9p\u00f4t, environ 2 500 m, serait rest\u00e9e sensiblement la m\u00eame au cours de tout le Mioc\u00e8ne, en soustrayant toutefois quelques 800 m dus \u00e0 un r\u00e9ajustement isostatique temporaire durant la p\u00e9riode d&rsquo;ass\u00e8chement ayant conduit aux d\u00e9p\u00f4ts \u00e9vaporitiques. De nombreux autres auteurs pensent, au contraire, \u00e0 une faible profondeur du bassin suivie d&rsquo;un rapide approfondissement au cours du Plio-Quaternaire. Rehault (1980) propose un bassin ant\u00e9-messinien de 2 200 m de profondeur, de 1 100 m durant la p\u00e9riode r\u00e9gressive, puis de 1 900 m apr\u00e8s le retour rapide des eaux plioc\u00e8nes. De m\u00eame, Mauffret, se fondant sur le refroidissement crustal, fournit de nombreux arguments dans ce sens et estime la profondeur du bassin au cours du Messinien \u00e0 des valeurs entre 500 et 1 000 m.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse d&rsquo;enregistrements sismiques nous confirma dans nos travaux avec Lefebvre (1980) que le Rh\u00f4ne messinien, sur le continent et dans la m\u00eame vall\u00e9e qu&rsquo;actuellement, offrait, quant \u00e0 lui, un encaissement de 800 m (y compris son creusement tortonien). Mais son cours devient progressivement moins profond et sinueux sous la partie centrale du plateau continental, avec, du fait de fractures orthogonales, un fort relief devenant m\u00eame, en plusieurs points, un milieu endor\u00e9ique. Pr\u00e8s du rebord continental, aucune \u00e9rosion fluviatile n&rsquo;est plus d\u00e9celable sur les coupes sismiques. Ces deux caract\u00e9ristiques, mesur\u00e9es et non contestables, indiquent que le profil de base \u00e9tait alors atteint et que le transport s\u00e9dimentaire vers la pente delta\u00efque \u00e9tait forc\u00e9ment r\u00e9duit. En tenant compte d&rsquo;une pente de 200 m du cours inf\u00e9rieur, qu&rsquo;il faut ajouter, le rivage de la mer devait donc se situer aux alentours de -1 000 m sous le niveau actuel des oc\u00e9ans, donc tr\u00e8s en dessous des premi\u00e8res valeurs souvent admises, cit\u00e9es plus haut.<\/p>\n<p>Soulignons que cette estimation, aujourd&rsquo;hui fortement partag\u00e9e, se fonde sur l&rsquo;examen de donn\u00e9es solides, g\u00e9ographiquement fiables et directement interpr\u00e9tables. Pour conclure, j&rsquo;estime, en accord avec des coll\u00e8gues hydrologues, que le bassin occidental ne se serait ass\u00e9ch\u00e9 que partiellement et que l&rsquo;\u00e9paisseur des d\u00e9p\u00f4ts salif\u00e8res a n\u00e9cessit\u00e9 de tr\u00e8s nombreux remplissages successifs. Des variations fr\u00e9quentes ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es dans ces d\u00e9p\u00f4ts ; elles sont dues \u00e0 de nombreuses oscillations des fonds au niveau de Gibraltar, du sud du Rif et au nord des Cordill\u00e8res b\u00e9tiques, zones soumises aux effets de la collision continentale africano-eurasienne. Mais on ne parle que peu des cycles glaciaires mondiaux durant le Messinien ; ces derniers ont peut-\u00eatre jou\u00e9 un r\u00f4le tout aussi important dans le contr\u00f4le des oscillations du niveau marin en M\u00e9diterran\u00e9e. La p\u00e9riode du Messinien, d&rsquo;une dur\u00e9e br\u00e8ve et parfaitement d\u00e9limit\u00e9e g\u00e9ologiquement, r\u00e9sulte d&rsquo;une accumulation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements tr\u00e8s vari\u00e9s qui lui ont permis de conserver de nombreux myst\u00e8res !<\/p>\n<div class=\"st0\">II &#8211; Le cas particulier de la marge continentale ni\u00e7oise et de la vall\u00e9e sous-marine du Var (M. G.)<\/div>\n<div class=\"st1\">Bref aper\u00e7u sur la g\u00e9ologie des Alpes-Maritimes et du domaine marin ligure proche au cours du N\u00e9og\u00e8ne<\/div>\n<p>Dans cette r\u00e9gion, les mouvements tectoniques, qui diff\u00e8rent de ceux du domaine pyr\u00e9n\u00e9o-proven\u00e7al, sont soulign\u00e9s par une premi\u00e8re phase, dite ant\u00e9-burdigalienne, qui se traduit par la mise en place de plis anticlinaux, notamment dans l&rsquo;autochtone (presqu&rsquo;\u00eele du Cap-Ferrat, cap d&rsquo;Antibes), ainsi que par l&rsquo;amorce de grands synclinaux (Conte, Menton). Cette tectonique demeure active au cours de tout le Mioc\u00e8ne, p\u00e9riode caract\u00e9ris\u00e9e par une tr\u00e8s forte \u00e9rosion et des \u00e9caillages tectoniques. Au Tortonien (Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur), des nappes, curieusement ancr\u00e9es par le front, se plissent en rides serr\u00e9es (arcs de Castellane et de Nice) en produisant d&rsquo;\u00e9normes formations br\u00e9chiques (Vence, Menton). Mais c&rsquo;est au cours du Pontien (Messinien) que se situe la phase majeure ; cette derni\u00e8re se traduit par un d\u00e9placement m\u00e9ridional de l&rsquo;arc de Nice vers la basse vall\u00e9e du Var ainsi que par le d\u00e9tachement et le soul\u00e8vement de la couverture du Mercantour.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 tectonique, qui co\u00efncide assez curieusement avec la p\u00e9riode d&rsquo;ass\u00e8chement de la M\u00e9diterran\u00e9e, correspond \u00e9galement \u00e0 une phase majeure d&rsquo;\u00e9rosion fluviatile qui d\u00e9termine le creusement de la majorit\u00e9 des futures vall\u00e9es sous-marines de Marseille \u00e0 Menton. C&rsquo;est apr\u00e8s l&rsquo;ennoiement de ces fleuves que se seraient fa\u00e7onn\u00e9s les canyons rocheux des Maures et de l&rsquo;Esterel. C&rsquo;\u00e9tait, pour Bourcart (qui comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit ne pouvait avoir connu l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement messinien), la preuve du r\u00f4le jou\u00e9 par la flexure continentale dans le creusement a\u00e9rien des fleuves c\u00f4tiers, les futurs canyons. Nous f\u00fbmes tent\u00e9s d&rsquo;appliquer cette id\u00e9e \u00e0 la vall\u00e9e sous-marine du Var, mais son enfoncement par subsidence, consid\u00e9rablement plus important que ne l&rsquo;implique la th\u00e9orie, ne permet pas d&rsquo;observer en surface son soubassement. On ignore d&rsquo;ailleurs si le \u00a0\u00bb bed-rock \u00a0\u00bb de la vall\u00e9e du Var correspond ou non \u00e0 un synclinal individualis\u00e9 entre les massifs jurassiques d&rsquo;Antibes-Vence et l&rsquo;arc de Nice.<\/p>\n<div class=\"st1\">La pente continentale de la baie de Nice (ou baie des Anges)<\/div>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-5.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 5. Carte bathym\u00e9trique du syst\u00e8me Var r\u00e9alis\u00e9e par sondeur multifaisceaux par l&rsquo;Ifremer (campagne SEANICE, G. Pautot). Pour les profondeurs inf\u00e9rieures \u00e0 500 m, la carte a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e par les donn\u00e9es d&rsquo;un relev\u00e9 effectu\u00e9 par Decca Survey-France sous la direction de Maurice Gennesseaux et\u00a0<a href=\"http:\/\/www.eyrolles.com\/Accueil\/Auteur\/jean-rene-vanney-21411\">Jean-Ren\u00e9 Vanney<\/a>. On peut observer que les canyons du Var et du Paillon bordent un prodelta constitu\u00e9 d&rsquo;une accumulation de vases et de galets d&rsquo;\u00e2ge quaternaire. Les zones en noir indiquent des pentes et cr\u00eates plioc\u00e8nes. L&rsquo;\u00e9rosion r\u00e9gressive y est particuli\u00e8rement accentu\u00e9e.<\/center>L&rsquo;ensemble de la baie de Nice offre des caract\u00e8res structuraux tout \u00e0 fait sp\u00e9cifiques qui expliquent l&rsquo;\u00e9volution de sa topographie sous-marine. Ne disposant pas de donn\u00e9es sur la topographie du \u00a0\u00bb bed-rock \u00ab\u00a0, j&rsquo;avais demand\u00e9, en 1963, \u00e0 Pierre Muraour, d&rsquo;effectuer quelques sondages par sismique r\u00e9fraction, technique difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre dans une zone \u00e0 fort relief et, qui plus est, \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;un littoral tr\u00e8s urbanis\u00e9. Le positionnement \u00e9tait alors effectu\u00e9 depuis la terre par des g\u00e9om\u00e8tres. \u00c0 bord du petit navire\u00a0<i>L&rsquo;Espadon<\/i>, les tirs \u00e9taient faits avec des charges de 10 \u00e0 50 kg de gomme Nobel. \u00a0\u00bb Sur ce modeste bateau charg\u00e9 de plusieurs tonnes d&rsquo;explosifs, il nous fallut pr\u00eater main forte pour pousser \u00e0 l&rsquo;eau des charges lourdes, \u00e9quip\u00e9es de d\u00e9tonateurs et de m\u00e8ches lentes allum\u00e9es. Un coup de mauvais temps a m\u00eame contraint le navire \u00a0\u00bb boutefeu \u00a0\u00bb \u00e0 s&rsquo;abriter, hors la loi, dans la baie de Villefranche. La presse ni\u00e7oise parla alors de p\u00eaches \u00e0 l&rsquo;explosif ! \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence suppos\u00e9e sur le rebord oriental du Mont Boron, d&rsquo;une faille N-S, dite faille de Villefranche-sur-Mer, fut confirm\u00e9e par la mise en \u00e9vidence d&rsquo;un rejet de 500 m ; de m\u00eame celle d&rsquo;une faille transverse, visible, vers environ 1 200 m de profondeur, du pied du cap Ferrat jusqu&rsquo;au Var. Un troisi\u00e8me accident, de direction SSO-NNE, avec un rejet de 1 000 m, fut d\u00e9couvert au travers du delta. Ces donn\u00e9es, certes encore parcellaires, firent penser \u00e0 un r\u00e9seau de failles crois\u00e9es ; la faille de Villefranche, N-S, ainsi d&rsquo;ailleurs que le synclinal du Var, serait issue de la tectonique alpine tandis que les failles transverses (de m\u00eame que celles d\u00e9couvertes plus tard en base de marge) fa\u00e7onnent les blocs bascul\u00e9s issus du rifting de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, d&rsquo;\u00e2ge oligo-mioc\u00e8ne. Ces observations sont d&rsquo;ailleurs en bon accord avec celles provenant de sismiques r\u00e9flexions obtenues ult\u00e9rieurement par Rehault. Le domaine central de la baie des Anges, assimilable \u00e0 un pseudo-delta, est donc vraisemblablement install\u00e9 sur un graben d\u00e9coupant un socle acoustique et localis\u00e9 par plus de 1 200 m de profondeur sous le plateau littoral, et vraisemblablement d\u00e9coupant des calcaires jurassiques.<\/p>\n<div class=\"st1\">Le Plioc\u00e8ne \u00e0 proximit\u00e9 du Var<\/div>\n<p>A partir du Plaisancien (Plioc\u00e8ne basal), la mer envahit profond\u00e9ment les gorges, ou rias, entaill\u00e9es dans les abrupts c\u00f4tiers, simultan\u00e9ment \u00e0 la subsidence des marges continentales. Il est important de souligner qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, la tectonique conna\u00eet un temps d&rsquo;arr\u00eat, aboutissant, sous un m\u00eame climat aquatique g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 un \u00e9pais d\u00e9p\u00f4t continu et identique dans l&rsquo;ensemble de la M\u00e9diterran\u00e9e, connu sous le terme de \u00a0\u00bb vases bleues \u00ab\u00a0. Ce d\u00e9p\u00f4t est essentiellement form\u00e9 de vases contenant peu de silts et de sables, mais de la mati\u00e8re organique et des faunes p\u00e9lagiques abondantes. Ces vases sont pr\u00e9sentes \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du cours inf\u00e9rieur du fleuve Var, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques faci\u00e8s bioclastiques.<\/p>\n<p>Les conglom\u00e9rats, produits par la reprise de la tectonique, r\u00e9duisent l&rsquo;importance de ce faci\u00e8s vases bleues, mais en sont peut-\u00eatre aussi de simples \u00e9quivalents continentaux. En effet sur la bordure, tr\u00e8s raide, du canyon du Paillon au sud du cap Ferrat, entre 600 et 1 000 m de profondeur, la succession des subdivisions stratigraphiques du Plioc\u00e8ne, qui y a \u00e9t\u00e9 carott\u00e9e presque en totalit\u00e9, ne comporte pas d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments grossiers. Un \u00e2ge du delta uniquement plioc\u00e8ne, et donc de ces conglom\u00e9rats, comme le pensent certains, semble tr\u00e8s douteux ; ces d\u00e9p\u00f4ts grossiers pourraient donc \u00eatre, pro parte, d&rsquo;\u00e2ge infra-quaternaire.<\/p>\n<div class=\"st1\">Le Quaternaire \u00e0 proximit\u00e9 du Var<\/div>\n<p>Les oscillations du niveau marin, li\u00e9es aux phases glaciaires, et la persistance de l&rsquo;orogen\u00e8se, ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit les possibilit\u00e9s de lev\u00e9s stratigraphiques, sauf pour le Tyrrh\u00e9nien dit \u00a0\u00bb Tyrrh\u00e9nien \u00e0 strombes \u00ab\u00a0. En domaine marin, la pr\u00e9sence de faunes planctoniques sp\u00e9cifiques d&rsquo;une p\u00e9riode climatique facilite parfois la t\u00e2che. On admet que la r\u00e9gression glacio-eustatique du Riss correspond au mod\u00e8le orographique actuel, peu modifi\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quivalent w\u00fcrmien. C&rsquo;est de cette \u00e9poque que datent les profils encaiss\u00e9s de la plupart des cours d&rsquo;eau qui se jettent dans la baie des Anges, Paillon, Var, Cagne et Loup. L&rsquo;\u00e9rosion, violente, a entra\u00een\u00e9 vers le large la plupart des d\u00e9p\u00f4ts ant\u00e9rieurs. Dans la baie des Anges, s&rsquo;\u00e9difie alors, entre Var et Paillon, un grand c\u00f4ne delta\u00efque dont les galets tr\u00e8s abondants proviennent en grande partie des conglom\u00e9rats plioc\u00e8nes.<\/p>\n<div class=\"st1\">La vall\u00e9e sous-marine du Var : un chantier d&rsquo;int\u00e9r\u00eat exceptionnel<\/div>\n<p>\u00c0 proximit\u00e9 de Villefranche-sur-Mer, et en liaison directe avec le fleuve Var, gros fournisseur d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments rocheux et marneux, la vall\u00e9e sous-marine du Var fut, pour Bourcart et Gennesseaux, le meilleur terrain de recherche pour l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un canyon creus\u00e9 dans des marnes ; la vall\u00e9e a\u00e9rienne est en effet entaill\u00e9e dans d&rsquo;\u00e9normes masses de poudingues plioc\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;origine de volumineux d\u00e9p\u00f4ts instables au niveau de l&rsquo;estuaire (r\u00e9duit aujourd&rsquo;hui par des barrages sur le cours du fleuve), et sources de glissements et de courants de turbidit\u00e9. L&rsquo;instabilit\u00e9 est parfois telle qu&rsquo;un petit avion tomb\u00e9 dans la t\u00eate du canyon n&rsquo;a jamais pu \u00eatre retrouv\u00e9 malgr\u00e9 des recherches avec la soucoupe plongeante Cousteau. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but de la plaine bathyale (-2 000 m) le cours pentu (d\u00e9croissant progressivement de 15 \u00e0 2%) de la vall\u00e9e sous-marine est creus\u00e9 dans des vases compactes quaternaires et plioc\u00e8nes \u00e0 pente vive, et, en pied de vall\u00e9e, dans des d\u00e9p\u00f4ts messiniens consolid\u00e9s. R\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la sismique r\u00e9fraction (Pierre Muraour, Maurice Recq), une structure en graben, limit\u00e9e par des failles parall\u00e8les au littoral, forme le soubassement de la baie des Anges, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9. Gennesseaux et\u00a0<a href=\"http:\/\/www.eyrolles.com\/Accueil\/Auteur\/jean-rene-vanney-21411\">Jean-Ren\u00e9 Vanney<\/a>\u00a0ont, \u00e0 cette \u00e9poque (1979), r\u00e9alis\u00e9 au sein du canyon des prospections photographiques au moyen de la tro\u00efka Cousteau, qui mit en \u00e9vidence des fonds de sables et galets, plus fr\u00e9quents dans le cours du Paillon, petit fleuve c\u00f4tier voisin devenu passif sauf en p\u00e9riode orageuse.<\/p>\n<p>La partie inf\u00e9rieure du cours de la vall\u00e9e, longeant vers l&rsquo;est le pied de la pente continentale, est quant \u00e0 elle enti\u00e8rement form\u00e9e de masses de d\u00e9p\u00f4ts terrig\u00e8nes grossiers souvent granoclass\u00e9s (coul\u00e9es boueuses et turbidites), qui d\u00e9bordent lat\u00e9ralement du lit, ce qui met en \u00e9vidence la haute densit\u00e9 et le volume important des coul\u00e9es boueuses.<\/p>\n<div class=\"st1\">Les grands traits du canyon sous-marin du Var<\/div>\n<p>Avec celles du canyon de la Roya, les pentes des deux canyons de la baie des Anges (Var et Paillon) sont parmi les plus fortes que l&rsquo;on connaisse. Ces pentes atteignent 10 % dans la partie moyenne (6\u00b0) et s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 40 % (21\u00b0) au voisinage de la c\u00f4te. Il en va de m\u00eame pour toutes les t\u00eates de canyons de la Cagne et du Paillon et des autres ravins c\u00f4tiers. Il s&rsquo;agit du trait majeur, assez rare malgr\u00e9 tout, de ces fonds de baie o\u00f9 la pente continentale d\u00e9bute juste au littoral. La t\u00eate de canyon du Var pr\u00e9sente une topographie particuli\u00e8re ; connect\u00e9e directement au lit du fleuve, elle est en effet d\u00e9vi\u00e9e aussit\u00f4t vers le SO, donc en opposition avec l&rsquo;action des tr\u00e8s fortes crues et l&rsquo;absence d&rsquo;obstacle rocheux. Il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 que cette d\u00e9viation vers l&rsquo;ouest r\u00e9sulterait d&rsquo;un gauchissement g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9cent de l&rsquo;ensemble de la Provence !<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-6.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 6. Bathym\u00e9trie de la marge ni\u00e7oise. Carte r\u00e9alis\u00e9e avec un sondeur multifaisceaux par l&rsquo;Ifremer (Campagnes SEADOME et SEANICE ; Guy Pautot). Les canyons du Var et du Paillon se rejoignent en base de pente continentale. Au niveau de la plaine bathyale, les coul\u00e9es boueuses du Var sont d\u00e9vi\u00e9es par une imposante ride s\u00e9dimentaire qui maigrit et s&rsquo;estompe vers l&rsquo;est. De nombreux d\u00f4mes salif\u00e8res \u00e9mergent au sud.<\/center>Dans le cas du Var, on doit plut\u00f4t \u00e9voquer des causes anthropiques, dont les travaux de l&rsquo;a\u00e9roport, les nombreux barrages, les pr\u00e9l\u00e8vements de galets, les forages de puits dans le cours inf\u00e9rieur, qui ont tous contribu\u00e9 a consid\u00e9rablement r\u00e9duire les apports grossiers et la vitesse d&rsquo;\u00e9coulement des crues. Suivant une fr\u00e9quence variable, le Var d\u00e9pose ses charges s\u00e9dimentaires dans les premiers dix m\u00e8tres de profondeur. Les d\u00e9ferlements de houle peuvent transporter vers l&rsquo;ouest une partie des s\u00e9diments grossiers le long du littoral occidental jusqu&rsquo;\u00e0 Antibes, mais la plus grande masse des d\u00e9p\u00f4ts, de toutes tailles, peut s&rsquo;accumuler dans la t\u00eate du canyon et donner naissance \u00e0 des glissements et des courants de turbidit\u00e9, souvent mineurs, les \u00e9l\u00e9ments terrig\u00e8nes les plus fins flottant en longs nuages qui d\u00e9rivent vers l&rsquo;ouest de la baie. On a pu draguer dans le bas cours du canyon de la Cagne des galets tach\u00e9s de goudron, montrant l&rsquo;existence d&rsquo;effondrement des cordons littoraux.<\/p>\n<p>En collaboration avec le laboratoire d&rsquo;oc\u00e9anographie physique du Mus\u00e9um (<a href=\"http:\/\/www.lajauneetlarouge.com\/article\/henri-lacombe-33-1913-2000\">Henri Lacombe<\/a>), des enregistrements, alors uniques dans la litt\u00e9rature scientifique, d&rsquo;une succession de courants turbides caract\u00e9ristiques, ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s en 1980 sur le fond du canyon par 850 m de profondeur. Certes de faible vitesse (1,20 m\/s au front), ces courants traduisent l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coulements peu charg\u00e9s en terrig\u00e8nes, en alternance probable avec des courants turbides plus \u00e9pais venant de la t\u00eate du canyon. Les courantom\u00e8tres plac\u00e9s sur le fond n&rsquo;auraient pu r\u00e9sister \u00e0 des vitesses plus \u00e9lev\u00e9es ! La mont\u00e9e des vitesses de courant est instantan\u00e9e (front du courant) et le ralentissement tr\u00e8s progressif. Le trac\u00e9 des enregistrements reproduit parfaitement ceux obtenus en maquette. Soulignons que les courants de turbidit\u00e9 susceptibles de traverser le bassin ligure ont, \u00e0 l&rsquo;origine (au d\u00e9bouch\u00e9 dans le cours bathyal), des mont\u00e9es en vitesse quasi instantan\u00e9es passant de 0 \u00e0 17.103 m\/h. On note \u00e9galement que la p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9coulement turbide n&rsquo;est alors apparue que pendant 4 jours sur un enregistrement de 30 jours, en avril, mois g\u00e9n\u00e9ralement pluvieux et de d\u00e9bits tr\u00e8s turbides dans le lit du Var. Notons enfin, d&rsquo;une mani\u00e8re plus distractive, la similitude sans relation entre l&rsquo;enregistrement vitesse\/temps du courant et son profil en long.<\/p>\n<p>Avec Vanney, nous pouvions affirmer, gr\u00e2ce aux observations faites lors de plong\u00e9es en\u00a0<i>Cyana<\/i>\u00a0et aux relev\u00e9s photographiques faits avec la tro\u00efka, que dans le lit pentu de la partie sup\u00e9rieure du canyon les \u00e9boulements de d\u00e9p\u00f4ts semblent se transformer tr\u00e8s vite en courants de turbidit\u00e9, sans toutefois laisser une d\u00e9formation sensible sur le lit. Ces observations confirm\u00e8rent nos conclusions ant\u00e9rieures : durant le Quaternaire, le Var a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 par une \u00e9rosion r\u00e9gressive intense, creusant \u00e0 la base de la pente continentale des gr\u00e8s messiniens consolid\u00e9s et de marnes plioc\u00e8nes compactes, puis sur la pente fortement redress\u00e9e du lit a\u00e9rien, des couches de poudingues plioc\u00e8nes, sans doute faill\u00e9s. On peut donc en conclure qu&rsquo;actuellement, le canyon a atteint un profil d&rsquo;\u00e9quilibre provisoire impos\u00e9, et ne transporte seulement que des charges s\u00e9dimentaires mod\u00e9r\u00e9es. Les r\u00e9tentions anthropiques de mat\u00e9riaux s\u00e9dimentaires et les pompages d&rsquo;eaux dans le lit du Var a\u00e9rien renforcent sans doute cette situation de stabilit\u00e9 apparente du profil en long du lit tout au long de sa travers\u00e9e de la pente continentale.<\/p>\n<div class=\"st1\">Le canyon au niveau de la plaine bathyale<\/div>\n<p>Au confluent du canyon du Var et du Paillon, la pente du lit s&rsquo;adoucit (2 %) et le cours s&rsquo;\u00e9largit, en continuit\u00e9 directe avec le cours de la marge. Le cours traverse les affleurements messiniens, mis en \u00e9vidence par sismique r\u00e9flexion et par un carottage. Au-del\u00e0, d\u00e9bute le bassin oc\u00e9anique ligure proprement dit, c&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s probablement une modification structurale importante soulign\u00e9e par une zone de failles majeures qui se d\u00e9c\u00e8le en de nombreux points au pied de la marge ligure. Rehault y suppose la pr\u00e9sence d&rsquo;une cro\u00fbte continentale amincie (vraisemblablement actuellement subsidente), jalonn\u00e9e de formations lat\u00e9rales volcano-d\u00e9tritiques issues du rift oligoc\u00e8ne. Cet effondrement aurait mis en saillie une barre s\u00e9dimentaire volumineuse, plus ou moins parall\u00e8le \u00e0 la c\u00f4te et de 200 m de hauteur. Cette falaise est compos\u00e9e de s\u00e9diments plio-quaternaires tr\u00e8s compact\u00e9s (10 cm de p\u00e9n\u00e9tration maximale avec un carottier \u00e0 piston), peut-\u00eatre en partie contr\u00f4l\u00e9e par un diapirisme salif\u00e8re sous-jacent. Ce relief d\u00e9tourne le cours du canyon profond vers l&rsquo;est, parall\u00e8lement aux fracturations du socle. Ainsi se d\u00e9termine le trajet des d\u00e9p\u00f4ts grossiers et fins issus des \u00e9coulements turbiditiques du Var sous-marin.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-7.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 7. Les rides s\u00e9dimentaires du Var sont des constructions s\u00e9dimentaires d&rsquo;\u00e2ge plio-quaternaire, de plus de 600 m d&rsquo;\u00e9paisseur, r\u00e9sultant de la dynamique et de la s\u00e9dimentation sp\u00e9cifique de courants de turbidit\u00e9 sablo-marneux (d&rsquo;apr\u00e8s Foucault et Gennesseaux).<\/center>Les coul\u00e9es boueuses ne peuvent franchir cette barre vers le sud et l&rsquo;\u00e9rodent en se r\u00e9pandant sur une large aire de d\u00e9p\u00f4ts, jusque dans les chenaux de la pente continentale voisine. Les courants de turbidit\u00e9, plus riches en d\u00e9p\u00f4ts sablo-marneux, peuvent, par contre, franchir cette lev\u00e9e s\u00e9dimentaire et alimenter sur le fond de mer des nappes de croissance s\u00e9dimentaires. La construction de ce pseudo-syst\u00e8me dunaire se fait par des d\u00e9p\u00f4ts s\u00e9dimentaires remarquablement bien stratifi\u00e9s, constitu\u00e9s d&rsquo;alternances de d\u00e9p\u00f4ts sableux et p\u00e9litiques. Ces dunes ont des extensions lat\u00e9rales tr\u00e8s variables, contr\u00f4l\u00e9es par la dimension des masses turbides. Mais leur construction se manifeste g\u00e9n\u00e9ralement sous la forme d&rsquo;aggradation des sections dunaires vers le sommet de la ride, et ce sans relation sp\u00e9cifique avec une d\u00e9formation des d\u00e9p\u00f4ts sous-jacents. Peu d&rsquo;explications ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, qu&rsquo;un de mes coll\u00e8gues expliquait par des courants de fond, existant effectivement d&rsquo;ailleurs \u00e0 cette profondeur, mais qui ne peuvent transporter des mat\u00e9riaux de la granulom\u00e9trie des sables. Il ne faut pas oublier qu&rsquo;un courant de turbidit\u00e9 est un corps tr\u00e8s complexe qui s&rsquo;\u00e9tire sur un fond peu pentu, \u00e0 une vitesse de quelques kilom\u00e8tres\/heure. Comme dans un enregistrement de courant turbide de 1,20 m\/s obtenu \u00e0 cette \u00e9poque sur le fond du canyon du Var, il appara\u00eet constitu\u00e9 d&rsquo;une t\u00eate qui peut, sur le fond, atteindre une hauteur de plus de 100 m, qui porte la masse la plus dense et contient les \u00e9l\u00e9ments les plus grossiers. Cette t\u00eate peut alors \u00eatre soit \u00e9rosive sur une forte pente, soit s\u00e9dimentaire en fonction de sa charge (hauteur) et de la pente du fond. Le corps et la queue du courant (parfois de plusieurs kilom\u00e8tres de large) sont de volume et de granulom\u00e9trie d\u00e9croissante et d\u00e9posent g\u00e9n\u00e9ralement des s\u00e9diments de plus en plus fins. Une s\u00e9quence granoclass\u00e9e, carott\u00e9e, peut donc avoir des couches de plusieurs origines successives. Dans le cas spectaculaire du Var, o\u00f9 densit\u00e9s et granulom\u00e9tries des \u00e9coulements sont souvent voisines, la partie amont de la dune, moins pentue, retirerait de la t\u00eate plus de charges grossi\u00e8res que les parties suivantes o\u00f9 sablons et p\u00e9lites forment des lits plus fins, expliquant sans doute ainsi le d\u00e9placement vers l&rsquo;amont des unit\u00e9s dunaires. \u00c0 la fin du ph\u00e9nom\u00e8ne turbiditique, les marnes d\u00e9pos\u00e9es ressemblent alors souvent aux d\u00e9p\u00f4ts p\u00e9lagiques, mis \u00e0 part des d\u00e9bris de faunes benthiques.<\/p>\n<p>Ce sont ces types de franchissement de barre et de dunes par les courants de turbidit\u00e9 qui sont relat\u00e9s plus loin dans le paragraphe consacr\u00e9 \u00e0 la catastrophe du port de Nice alors en construction. Bourcart \u00e9tudia longuement ces d\u00e9p\u00f4ts profonds de coul\u00e9es boueuses riches en \u00e9l\u00e9ments grossiers, parfois granoclass\u00e9s, ou repr\u00e9sent\u00e9s par des s\u00e9diments turbiditiques plus fins et d&rsquo;\u00e2ge subactuel. On peut suivre la trace de ces apports \u00e0 l&rsquo;est, jusqu&rsquo;au canyon de la Roya (autre grand pourvoyeur de d\u00e9p\u00f4ts grossiers), et m\u00eame, apr\u00e8s l&rsquo;accident de Nice (voir plus loin), jusqu&rsquo;\u00e0 la marge du nord de la Corse. Les d\u00e9p\u00f4ts gravitaires grossiers de ce remplissage basal proviennent quant \u00e0 eux d&rsquo;une activit\u00e9 quaternaire pass\u00e9e et ne peuvent se renouveler que lors d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements sismiques ou d&rsquo;erreurs humaines ; on peut \u00e9galement penser \u00e0 cet \u00e9gard au d\u00e9sastre survenu lors de la rupture du barrage de Malpasset, qui entra\u00eena de nombreuses pertes en vies humaines, mais ne cr\u00e9a cependant pas d&rsquo;\u00e9coulement gravitaire sous-marin d\u00e9tectable.<\/p>\n<div class=\"st0\">III &#8211; Un cas d&rsquo;\u00e9cole : la catastrophe du 16 octobre 1979 et l&rsquo;effondrement des remblais de construction du futur port de Nice (M. G.)<\/div>\n<p>Vers 14 heures, le 16 octobre 1979, on assista \u00e0 l&rsquo;effondrement en mer d&rsquo;un vaste remblai r\u00e9cent ainsi que de la digue du futur port de commerce de Nice, entre l&rsquo;a\u00e9roport, au Nord, et le rebord du plateau continental, au sud.<\/p>\n<p>Cette catastrophe cr\u00e9a un tsunami, ph\u00e9nom\u00e8ne surtout fr\u00e9quent dans le Pacifique et dans l&rsquo;oc\u00e9an Indien, et marqu\u00e9 par de puissantes ondes de mar\u00e9e qui d\u00e9bordent largement le littoral en causant d&rsquo;\u00e9normes d\u00e9g\u00e2ts. Quand l&rsquo;origine en est la rupture d&rsquo;une faille oc\u00e9anique \u00e0 fort rejet, ou un glissement de d\u00e9p\u00f4ts importants de la marge continentale, l&rsquo;onde est souvent pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un retrait de la mer, par appel d&rsquo;eau, plus ou moins long suivant l&rsquo;\u00e9nergie mise en jeu, avant de s&rsquo;inverser. L&rsquo;\u00e9quilibre hydrostatique se r\u00e9tablit par la formation d&rsquo;ondes de mar\u00e9e destructrices. Un mur d&rsquo;eau, plus ou moins oscillant, engendre des ondes longues qui ne sont pas des ondes de surface. Au contact des c\u00f4tes, leur p\u00e9riodicit\u00e9 est variable et peut atteindre 10 \u00e0 15 minutes. En mer, elles ne sont pas d\u00e9tectables \u00e0 bord des bateaux. Les riverains de la c\u00f4te du Chili sont alert\u00e9s quand ce signe appara\u00eet et fuient rapidement vers les hauteurs ; sur les c\u00f4tes du Japon, l&rsquo;alerte est \u00e9galement de rigueur.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-8.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 8. Plate-forme, delta, et zone de glissement du Var (d&rsquo;apr\u00e8s Vanney et Gennesseaux) ; en noir la zone de construction et de remblais effondr\u00e9s du futur port de Nice, en gris la masse de s\u00e9diments arrach\u00e9s au plateau et glissant vers le canyon du Var.<\/center>C&rsquo;est bien un ph\u00e9nom\u00e8ne de ce type, mais mineur, qui survint en ce jour d&rsquo;octobre 1979 dans la baie des Anges ; son origine en fut le glissement de masses s\u00e9dimentaires sur la pente continentale du canyon du Var et en provenance d&rsquo;une zone instable de la plate-forme littorale alors en voie de surcharge de remblais pour la construction des digues d&rsquo;un futur port de commerce.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1962, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 l&rsquo;alerte sur les interventions humaines potentiellement dangereuses dans le Var inf\u00e9rieur, et surtout sur la maigreur de la plate-forme littorale bordant un pro-delta de vases et de galets probablement d&rsquo;\u00e2ge risso-w\u00fcrmien. La cause en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la construction de l&rsquo;a\u00e9roport (en 1943), qui interrompit le transfert, vers l&rsquo;est, des galets vers la plage ni\u00e7oise et qui d\u00e9tourna, vers l&rsquo;ouest, le d\u00e9bouch\u00e9 du fleuve, aboutissant ainsi \u00e0 r\u00e9duire gravement l&rsquo;apport s\u00e9dimentaire sur la plate-forme. L&rsquo;extension de l&rsquo;a\u00e9roport vers le sud, d&rsquo;abord de 50 km2 (en 1965), suivie d&rsquo;une autre extension, les deux accompagn\u00e9es de la construction de multiples barrages sur le cours inf\u00e9rieur du Var, ont eu pour r\u00e9sultat de modifier totalement la distribution s\u00e9dimentaire dans la baie des Anges. Une derni\u00e8re surcharge, anthropique, sur le plateau, de plus trop proche du rebord de la plate-forme, semble avoir \u00e9t\u00e9 fatale.<\/p>\n<p>Cet effondrement entra\u00eena la mort d&rsquo;une femme (pr\u00e8s de la plage la Salis \u00e0 Antibes), et celle de 10 ouvriers travaillant sur le chantier. \u00a0\u00bb On m&rsquo;a racont\u00e9 que l&rsquo;un de ces ouvriers, alors au pilotage de son engin entra\u00een\u00e9 vers le large, avait t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 la tour de contr\u00f4le de l&rsquo;a\u00e9roport \u00e9tonn\u00e9 de voir la mer monter autour de lui ! \u00ab\u00a0. Cette observation souligne la lenteur initiale du glissement sur la plate-forme. De fortes critiques avaient d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 \u00e9mises concernant les risques de d\u00e9stabilisation des remblais d\u00e9pos\u00e9s sur le rebord de la plate-forme littorale. \u00a0\u00bb On dit m\u00eame qu&rsquo;un ing\u00e9nieur de l&rsquo;\u00c9quipement, en charge des travaux, avait donn\u00e9 sa d\u00e9mission deux ans avant leur d\u00e9but \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 de ressentir sur le sol, avant les \u00e9v\u00e9nements, la forte vibration engendr\u00e9e par les puissantes dameuses, responsables de la d\u00e9structuration des sols. Des g\u00e9ophysiciens de l&rsquo;Ifremer (dont Nabil Sultan et Gabriela Dan) ont par la suite \u00e9tudi\u00e9 les m\u00e9canismes qui ont pu entra\u00eener l&rsquo;instabilit\u00e9 de la plate-forme. La premi\u00e8re cause concerne la trop grande proximit\u00e9 du chantier et du rebord du plateau, o\u00f9 les risques de glissement sont les plus \u00e9lev\u00e9s. Les coupes sismiques montrent une tr\u00e8s faible accumulation s\u00e9dimentaire, puis un amincissement des lits vers le rebord bord\u00e9 d&rsquo;une faille d&rsquo;effondrement d\u00e9limitant la pente continentale.<\/p>\n<p>Ajoutons encore \u00e0 ce tableau des causes possibles, des r\u00e9surgences de nappes phr\u00e9atiques profondes (24 et 45 m) qui r\u00e9duisent certainement la coh\u00e9sion des d\u00e9p\u00f4ts s\u00e9dimentaires. L&rsquo;effondrement des remblais et jet\u00e9es en construction sur la pente du delta du Var aurait \u00e9t\u00e9 responsable d&rsquo;un abaissement brutal, mais classique, du niveau de la mer, de plus de 3 m sur le pourtour de la baie, suivi d&rsquo;une onde de mar\u00e9e puissante (issue d&rsquo;une onde longue) qui balaya et d\u00e9borda le littoral de la baie, causant des d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 Antibes. Un bloc rocheux (haut de 2 m sur le fond), ignor\u00e9 et immerg\u00e9 pr\u00e8s de la pointe de la Salis fut ainsi visible pendant plusieurs minutes. Des oscillations secondaires du niveau marin se poursuivirent, tout en d\u00e9croissant d&rsquo;amplitude, pendant plus de quatre heures, et furent ressenties de Monaco jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eele du Levant, sur plus de 85 km de distance. Des enregistrements d&rsquo;amplitudes furent alors assur\u00e9s par les mar\u00e9graphes de Nice, de Villefranche et de l&rsquo;\u00eele du Levant, mais ces derniers \u00e9tant r\u00e9gl\u00e9s en \u00a0\u00bb m\u00e9dimar\u00e9m\u00e8tres \u00ab\u00a0, la pr\u00e9cision de la chronologie et de l&rsquo;amplitude des oscillations fut sensiblement r\u00e9duite !<\/p>\n<p>En revanche, on poss\u00e8de des donn\u00e9es pr\u00e9cises sur les d\u00e9placements s\u00e9dimentaires sur le chantier lui-m\u00eame. D&rsquo;apr\u00e8s les t\u00e9moins, le glissement aurait d\u00e9but\u00e9 sur la partie est du port, en bordure d&rsquo;un talus de pente de 10 \u00e0 20\u00b0. Selon un expert d\u00e9sign\u00e9, on peut estimer que 10 millions de m3 de s\u00e9diments (3 millions de remblais et 7 millions de sous-sol) ont d&rsquo;abord gliss\u00e9 lentement sur la plateforme delta\u00efque, entre les fonds de 10 \u00e0 20 m. Apr\u00e8s une accumulation temporaire vers -150 m de profondeur, ils auraient travers\u00e9 plus rapidement la pente inclin\u00e9e de 10 \u00e0 20%. En utilisant un thalweg \u00e9largi, les masses regroup\u00e9es, combin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration sur la pente, auraient fourni, par \u00e9rosion des flancs du canyon, une masse de 100 millions de m3, qui aurait \u00e9volu\u00e9 dans le lit du canyon du Var (vers -800 m) en une coul\u00e9e boueuse rapide, d\u00e9bouchant dans la plaine bathyale (-1800 m) en courant de turbidit\u00e9. Ces conclusions paraissent cependant un peu simplistes, car, selon d&rsquo;autres sp\u00e9cialistes, une telle masse ne pourrait avoir engendr\u00e9 les ondes de mar\u00e9es enregistr\u00e9es.<\/p>\n<p>Derni\u00e8rement, Dan et ses coll\u00e8gues (2007) ont rapport\u00e9 deux sc\u00e9narios d&rsquo;experts d\u00e9sign\u00e9s. Un premier propose une fracture initiale de la pente du delta qui, remontant jusqu&rsquo;\u00e0 la plate-forme du port, aurait provoqu\u00e9 l&rsquo;effondrement des remblais et la formation d&rsquo;un tsunami. On ne peut cependant imaginer qu&rsquo;un tel processus, en deux temps, ait pu cr\u00e9er une onde de mar\u00e9e aussi forte et une vitesse d&rsquo;effondrement pouvant justifier l&rsquo;importance de la catastrophe. Un deuxi\u00e8me sc\u00e9nario fait \u00e9tat d&rsquo;un effondrement de pente continentale (108 m3), \u00e0 15 km de la c\u00f4te, g\u00e9n\u00e9rant un tsunami qui provoqua un abaissement du niveau marin de 2,5 m. L&rsquo;\u00e9mersion des digues du port, cr\u00e9ant par surcharge une liqu\u00e9faction de bancs sableux, expliquerait l&rsquo;effondrement des remblais. Mais les traces d&rsquo;une faille d&rsquo;effondrement sur la pente continentale adverse n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es. Bien que les donn\u00e9es soient insuffisantes, cette derni\u00e8re expertise fut cependant valid\u00e9e par les enqu\u00eateurs.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;aide d&rsquo;un sp\u00e9cialiste d&rsquo;hydrodynamique, nous avons \u00e9valu\u00e9 qu&rsquo;une masse de glissement de 400 millions de m3 \u00e9tait requise pour justifier l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire au d\u00e9roulement des ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s. Ces volumes sont justifi\u00e9s quand on examine la distance du trajet du courant de turbidit\u00e9 (200 km), mais aussi la puissance n\u00e9cessaire pour la rupture de 2 c\u00e2bles sous-marins, \u00e0 80 et 110 km de l&rsquo;\u00e9boulement. Les c\u00e2bles G\u00eanes-Bal\u00e9ares et G\u00eanes-Sassari (Sardaigne) ont \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9s sur 80 km de long pour le premier et 30 km pour le second. On imagine facilement le film catastrophe, par 2 000 m de fond, avec un tel flot charg\u00e9 et \u00a0\u00bb bouillonnant \u00a0\u00bb de plus de 50 m de hauteur \u00e0 la t\u00eate, d\u00e9passant une vitesse de 17 km \/h pour le premier et 7 km\/h pour le second (malgr\u00e9 les frottements sur le fond et le freinage hydrique), et apr\u00e8s le franchissement de la bordure s\u00e9dimentaire du canyon du Var, haute de plus de 20 m ! Le reste du courant de turbidit\u00e9 est all\u00e9 mourir au pied de la marge de Corse, sur plus de 50 km de distance.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est \u00e9vident qu&rsquo;une imprudence a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la conception de ce projet de port, on peut cependant garder un doute sur le point de d\u00e9part du glissement. Les \u00e9quipes de l&rsquo;IFREMER n&rsquo;ont estim\u00e9 le volume du glissement qu&rsquo;\u00e0 10 millions de m3, enrichi de 100 millions de m3 sur la pente, ce qui est manifestement insuffisant pour occasionner les ruptures de c\u00e2bles, ou m\u00eame cr\u00e9er l&rsquo;onde de mar\u00e9e ayant affect\u00e9 la baie de Nice. On peut envisager qu&rsquo;un autre glissement, initiateur, ait pu intervenir sur le versant ouest du canyon (cap d&rsquo;Antibes), tr\u00e8s pentu, o\u00f9 d&rsquo;abondants s\u00e9diments fins, provenant du Var, viennent en majorit\u00e9 prograder sur la plate-forme antiboise.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-9.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 9. Les ruptures par le courant de turbidit\u00e9 de c\u00e2bles t\u00e9l\u00e9phoniques, horodat\u00e9es et localis\u00e9es avec pr\u00e9cision, sont des indications pr\u00e9cieuses ayant permis de conna\u00eetre le trajet et la vitesse d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne sous-marin grandiose qui se d\u00e9roula \u00a0\u00bb silencieusement \u00a0\u00bb sur plus de 250 km, jusqu&rsquo;\u00e0 la marge corse.<\/center>\u00c0 titre d&rsquo;argument (mais non scientifique) je peux rapporter la confidence d&rsquo;un g\u00e9om\u00e8tre charg\u00e9 de levers sur le chantier. Pr\u00e9sent pr\u00e8s du site lors de l&rsquo;inondation de la c\u00f4te de Cagnes-Saint-Laurent, il accourut jusqu&rsquo;au petit port de service construit sur le bord de la digue, mais \u00e9loign\u00e9e du glissement, pour examiner l&rsquo;\u00e9tat de son bateau. Le rencontrant le lendemain il me dit : \u00a0\u00bb C&rsquo;est curieux, quand je suis arriv\u00e9 au port, il ne s&rsquo;\u00e9tait encore rien pass\u00e9 ici \u00ab\u00a0. Je n&rsquo;ai jamais pu le revoir. Cela indiquait-il qu&rsquo;un autre glissement serait intervenu avant celui de l&rsquo;a\u00e9roport ? Un premier glissement sur la pente antiboise, sans cause connue, se serait d\u00e9clench\u00e9 avant le d\u00e9collement des remblais (pr\u00eats \u00e0 glisser !) du futur port. Je pr\u00e9sente cependant cette hypoth\u00e8se avec beaucoup de r\u00e9serves. On doit noter en effet que :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>1. des observations, lors de trajets avec la tro\u00efka effectu\u00e9s en remontant le chenal jusqu&rsquo;au d\u00e9bouch\u00e9 suppos\u00e9 du canyon du port, n&rsquo;ont montr\u00e9 aucun signe de profonde \u00e9rosion, ni de d\u00e9p\u00f4ts grossiers hormis quelques blocs de grosse taille ne pouvant provenir d&rsquo;un ancien chantier de l&rsquo;a\u00e9roport ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>2. un an apr\u00e8s, lors d&rsquo;une plong\u00e9e en soucoupe<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><i>Cyana<\/i><\/p>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\u00a0depuis la base probable de cet \u00e9v\u00e9nement (-800 m), nous avons observ\u00e9 dans le lit de ce petit canyon un grand d\u00e9sordre avec des \u00e9boulis, des entailles profondes dans les marnes pourtant peu coh\u00e9sives des parois ; un trajet incertain, et surtout des bruits tr\u00e8s anxiog\u00e8nes d&rsquo;\u00e9coulements s\u00e9dimentaires en surplomb, laissant augurer des risques graves d&rsquo;enfouissement du sous-marin par effondrement des parois, nous ont pouss\u00e9 \u00e0 quitter tr\u00e8s rapidement les lieux ; un an apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, les traces du passage et des arrachements \u00e9taient encore tr\u00e8s apparentes (ou persistantes ?) sur ces pentes redress\u00e9es ; en revanche, le lit sableux au d\u00e9bouch\u00e9 du thalweg du Var \u00e9tait parfaitement lisse, montrant que des \u00e9coulements turbides, ou non, pouvaient restituer rapidement la topographie r\u00e9guli\u00e8re du lit majeur ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>3. on ne peut \u00e9valuer avec certitude le volume des arrachements s\u00e9dimentaires, ni m\u00eame certifier l&#8217;emplacement, pour appuyer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un double effondrement valid\u00e9e par les autorit\u00e9s ; il est en effet difficile de juger de variations topographiques en comparant des cartes anciennes o\u00f9 la position du bateau n&rsquo;est connue qu&rsquo;\u00e0 50 m pr\u00e8s par radar ou sextant, aux cartes obtenues par sondeur multifaisceaux positionn\u00e9es gr\u00e2ce aux relev\u00e9s satellitaires ou au GPS ; des essais de comparaison des sondages bathym\u00e9triques ont \u00e9t\u00e9 demand\u00e9s au SHOM, et estim\u00e9s valables par les chercheurs de l&rsquo;IFREMER ; nous avions fait la m\u00eame demande au SHOM en vue de rechercher des variations importantes de la profondeur d&rsquo;eau dans toute la baie des Anges, mais la carte fournie \u00e9tait parsem\u00e9e de grandes taches ovo\u00efdes totalement insolites, qui soulignaient l&rsquo;impr\u00e9cision des cartes bathym\u00e9triques ant\u00e9rieures au sinistre et plus encore, bien s\u00fbr, dans notre cas sur les pentes continentales ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>4. Nabil Sultan et ses coll\u00e8gues ont derni\u00e8rement mis en \u00e9vidence l&rsquo;instabilit\u00e9 de la pente continentale bordant la plate-forme de l&rsquo;a\u00e9roport ; je pense que dans la situation actuelle il faut insister sur ce point car :<\/ul>\n<\/li>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>&#8211; le nourrissage du delta du plateau de la zone dite de la Californie (a\u00e9roport) s&rsquo;est effectu\u00e9 pendant le dernier W\u00fcrm, par abaissement du niveau marin et creusement de la vall\u00e9e inf\u00e9rieure du Var ; actuellement, des modifications anthropiques graves (barrages dans le lit inf\u00e9rieur, barri\u00e8re s\u00e9dimentaire cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;a\u00e9roport) ont r\u00e9duit les apports d\u00e9tritiques ; manifestement, la pente de la baie s&rsquo;\u00e9rode en se redressant, comme le montre le trajet sup\u00e9rieur du canyon du Var ; l&rsquo;abondance des entailles, canyons, thalwegs de toutes tailles indique la fr\u00e9quence des \u00e9rosions ; dans le delta lui-m\u00eame, j&rsquo;ai jadis carott\u00e9 des marnes p\u00e9lagiques plioc\u00e8nes affleurant sous une couverture quaternaire mince et dispers\u00e9e ; de nombreuses photos attestent de d\u00e9p\u00f4ts marneux r\u00e9cents, d\u00e9form\u00e9s, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes ; il n&rsquo;y a donc plus apparemment de d\u00e9veloppement visible du delta sous-marin du Var ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>&#8211; le r\u00e9chauffement climatique actuel se traduit par une plus grande fr\u00e9quence de fortes temp\u00eates dites d\u00e9cennales ; les vibrations du d\u00e9ferlement des houles aggravent l&rsquo;instabilit\u00e9 des rebords de la plate-forme ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>&#8211; le delta est construit sur un demi-graben ; la fracture nord, peut-\u00eatre active, est parall\u00e8le et proche du littoral ; la subsidence plio-quaternaire et actuelle explique la raideur des pentes et active les \u00e9boulements ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>&#8211; les mesures g\u00e9otechniques effectu\u00e9es sur les s\u00e9diments du plateau (Sultan) ont clairement montr\u00e9 des alternances de lits sableux et marneux perm\u00e9ables ; leur d\u00e9structuration, ou liqu\u00e9faction, sous l&rsquo;action des circulations de nappes d&rsquo;eaux interstitielles, est hautement responsable de d\u00e9collements et glissements des couches superficielles surcharg\u00e9es ; des remont\u00e9es gazeuses (issues de marnes organiques) percent fr\u00e9quemment des couches s\u00e9dimentaires ; ce ph\u00e9nom\u00e8ne joue un r\u00f4le, non d\u00e9fini mais probable, dans l&rsquo;instabilit\u00e9 du substratum sous-jacent ;<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>&#8211; enfin, parmi les facteurs \u00e0 prendre en compte lors de cette catastrophe mentionnons des pluies diluviennes durant une partie de la semaine, et encore la veille du d\u00e9sastre !<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>En 2010, Didier Laynaud et Nabil Sultan ont conclu de leurs mesures que la couche superficielle du plateau, jusqu&rsquo;\u00e0 30 m de profondeur, \u00e9tait instable et que des couches plus profondes pouvaient aussi pr\u00e9senter des faibles coh\u00e9sions.<\/p>\n<p>On peut ainsi s\u00e9rieusement penser de l&rsquo;ensemble de ces observations anciennes et r\u00e9centes que la p\u00e9rennit\u00e9 de la stabilit\u00e9 de l&rsquo;a\u00e9roport, voire de la plate-forme dite de la Californie, n&rsquo;est pas totalement garantie. Heureusement, des op\u00e9rations de surveillance sont maintenant r\u00e9guli\u00e8res (Ifremer).<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, \u00e0 la suite de toutes ces \u00e9tudes et analyses, le projet de port fut heureusement abandonn\u00e9.<\/p>\n<div class=\"st0\">IV &#8211; La naissance de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale (M. G. et J. M.)<\/div>\n<p>A cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, l&rsquo;un des grands th\u00e8mes de recherches du laboratoire de g\u00e9ologie marine de Villefranche, devenu \u00e0 la suite de l&rsquo;arriv\u00e9e de Glangeaud, en 1965, la station de g\u00e9odynamique sous-marine de Villefranche-sur-Mer, fut d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analyse de l&rsquo;ensemble du bassin occidental m\u00e9diterran\u00e9en dont on peut dire, dans un grand raccourci, que sa naissance (comme d&rsquo;ailleurs plus tard aussi celle de la mer Tyrrh\u00e9nienne) fut, \u00e0 la suite de la convergence Afrique-Eurasie, la cons\u00e9quence directe de la disparition d&rsquo;un oc\u00e9an d&rsquo;\u00e2ge m\u00e9sozo\u00efque, la n\u00e9o-T\u00e9thys ou pour certains la M\u00e9sog\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des navires hauturiers sp\u00e9cialis\u00e9s, tels les navires oc\u00e9anographiques\u00a0<i>Jean-Charcot<\/i>, le\u00a0<i>Noro\u00eet<\/i>, ou peu apr\u00e8s le\u00a0<i>Suro\u00eet<\/i>\u00a0(op\u00e9r\u00e9s par le tout nouveau CNEXO), et \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;outils g\u00e9ophysiques et g\u00e9ologiques performants (sismique r\u00e9flexion et submersibles scientifiques en particulier), permit une analyse progressive d&rsquo;autres secteurs du bassin, plus \u00e9loign\u00e9s des c\u00f4tes fran\u00e7aises que les marges proven\u00e7ales ou de la Riviera et de la Corse. Ce travail ne fut bien s\u00fbr pas entrepris par le seul laboratoire de Villefranche : des \u00e9quipes de l&rsquo;Institut fran\u00e7ais du P\u00e9trole (IFP), disposant alors du premier outil de sismique multitrace \u00e0 usage scientifique (Bernard Biju-Duval, Lucien Montadert et leurs coll\u00e8gues), ou encore du CNEXO lui-m\u00eame (Jean-Marie Auzende, Jean-Louis Olivet, Guy Pautot, tous d&rsquo;ailleurs anciens du laboratoire de Villefranche), particip\u00e8rent alors \u00e0 cet effort devenu national. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 la suite des marges du golfe du Lion (sur lesquelles travaillait \u00e9galement une \u00e9quipe de Perpignan), de la Provence et de la Riviera, les marges continentales catalane, alg\u00e9rienne et sarde commenc\u00e8rent peu \u00e0 peu \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler une partie de leurs secrets g\u00e9ologiques, et m\u00eame le centre du bassin, longtemps demeur\u00e9 inexplor\u00e9 et \u00e9nigmatique (certains l&rsquo;imaginaient d&rsquo;origine continentale et d&rsquo;\u00e2ge triasique), commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre \u00e9galement l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes mettant en \u0153uvre des techniques nouvelles, telles des mesures de flux de chaleur, ou encore d&rsquo;imagerie acoustique profonde, par exemple par sismique r\u00e9fraction.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas possible dans le cadre de cet article d&rsquo;\u00e9voquer, ni m\u00eame de r\u00e9sumer, l&rsquo;ensemble de ces \u00e9tudes. Le lecteur pourra se r\u00e9f\u00e9rer, pour ne rester que sur l&rsquo;apport des chercheurs de Villefranche-sur-Mer, \u00e0 trois articles fondamentaux publi\u00e9s au milieu des ann\u00e9es 1980 par Rehaut, en collaboration avec Boillot, Mauffret et Mascle. Rehault, qui venait de soutenir sa th\u00e8se d&rsquo;\u00c9tat en 1980 (quelques ann\u00e9es apr\u00e8s celle de Mauffret, soutenue en 1976), et ses coll\u00e8gues propos\u00e8rent \u00e0 cette \u00e9poque trois synth\u00e8ses g\u00e9n\u00e9rales concernant l&rsquo;\u00e9tat des lieux et l&rsquo;\u00e9volution du bassin occidental, voire de l&rsquo;ensemble de la M\u00e9diterran\u00e9e, y compris de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale, et ce depuis l&rsquo;Oligoc\u00e8ne. Pr\u00e8s de trente ans apr\u00e8s, ces travaux, que l&rsquo;on peut qualifier de fondateurs, demeurent en grande partie d&rsquo;actualit\u00e9, \u00e0 quelques retouches pr\u00e8s, bien s\u00fbr, compte tenu de l&rsquo;\u00e9volution des techniques mises en \u0153uvre, ainsi que de l&rsquo;accumulation ult\u00e9rieure et de la qualit\u00e9 des r\u00e9sultats nouveaux.<\/p>\n<p>N\u00e9 au sein de cha\u00eenes de montagnes, elles-m\u00eames issues de la convergence g\u00e9n\u00e9rale, puis de la collision, au cours de l&rsquo;\u00c9oc\u00e8ne, entre Afrique\/Apulie et Europe, le micro-oc\u00e9an, qui s&rsquo;\u00e9tend de Gibraltar aux rivages ligures, que repr\u00e9sente la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, r\u00e9sulte lui-m\u00eame de cette convergence, mais dans une configuration de fronti\u00e8res de plaques quelque peu modifi\u00e9e au cours du temps. Les modalit\u00e9s de la naissance et de l&rsquo;\u00e9volution du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental telles qu&rsquo;elles \u00e9mergeaient alors progressivement, et que seuls les concepts de la tectonique des plaques permirent d&rsquo;expliciter, furent pourtant longtemps r\u00e9fut\u00e9es ; vers la fin des ann\u00e9es 1960, un \u00e9minent professeur, encore adepte de la fixit\u00e9 des masses continentales, et \u00e9voquant la rotation de la Corse dont on lui parlait, demandait alors en riant : \u00a0\u00bb et si elle n&rsquo;avait pas rot\u00e9 \u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-10.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 10. Les grandes \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental (d&rsquo;apr\u00e8s Rehault et al. 1985).<\/center>Les diff\u00e9rentes \u00e9tudes d\u00e9montr\u00e8rent que c&rsquo;est au cours d&rsquo;une p\u00e9riode allant de l&rsquo;\u00c9oc\u00e8ne sup\u00e9rieur au Mioc\u00e8ne moyen que se manifest\u00e8rent les premiers indices des ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9ologiques qui donneront par la suite naissance au bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental. \u00c0 cette \u00e9poque, alors que la microplaque Ib\u00e9rie vient tout juste de s&rsquo;accr\u00eater d\u00e9finitivement, par collision, \u00e0 l&rsquo;Europe (cr\u00e9ation des Pyr\u00e9n\u00e9es) et que se d\u00e9posent, au sud et \u00e0 l&rsquo;est de ce nouveau fragment d&rsquo;Europe, d&rsquo;\u00e9pais d\u00e9p\u00f4ts de type flysch, la convergence Afrique\/Europe se poursuit en aboutissant \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle subduction, mais alors \u00e0 vergence nord-occidentale, donc oppos\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente, dont atteste bien un volcanisme calco-alcalin, avec des manifestations connues en Sardaigne mais aussi \u00e0 Biot pr\u00e8s de Nice. Alors que s&rsquo;active cette subduction, un amincissement crustal r\u00e9gional, ou rifting, peut-\u00eatre l&rsquo;une des cons\u00e9quences collat\u00e9rales de la collision alpine, affecte, au cours de l&rsquo;Oligoc\u00e8ne, une vaste bande du b\u00e2ti europ\u00e9en, de direction NNE-SSW, s&rsquo;\u00e9tendant de l&rsquo;actuelle plaine d&rsquo;Alsace (voire au-del\u00e0) au golfe de Valence et englobant les Limagnes, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, le soubassement du golfe du Lion ; on en retrouve \u00e9galement les traces aux Bal\u00e9ares comme en Provence ou encore en Sardaigne. Les grabens nouvellement cr\u00e9\u00e9s, que l&rsquo;on retrouve de nos jours \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du bassin et sous ses marges, sont accompagn\u00e9s d&rsquo;une s\u00e9dimentation essentiellement continentale, que des pr\u00e9l\u00e8vements effectu\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque, par exemple lors de plong\u00e9es en\u00a0<i>Cyana<\/i>\u00a0dans les canyons proven\u00e7aux (Bellaiche et ses coll\u00e8gues) et\/ou lors de forages scientifiques au large de Majorque (campagne DSDP 42), permettent de rapporter \u00e0 l&rsquo;Oligoc\u00e8ne sup\u00e9rieur et au Mioc\u00e8ne inf\u00e9rieur. Localement, cette phase de rifting s&rsquo;accompagne d&rsquo;un magmatisme alcalin, plus ou moins contemporain du volcanisme calco-alcalin, marqueur, quant \u00e0 lui, de la subduction. Autrement dit, le processus de subduction peut d\u00e8s lors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le moteur principal d&rsquo;une \u00e9volution en bassin de type \u00a0\u00bb arri\u00e8re arc \u00a0\u00bb de la branche sud-occidentale du rift europ\u00e9en, dont les \u00e9l\u00e9ments septentrionaux deviennent progressivement inactifs.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 21-22 Ma, la fin du rifting p\u00e9rim\u00e9diterran\u00e9en aboutit finalement \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00e9troit bassin oc\u00e9anique (une centaine de kilom\u00e8tres tout au plus), bien mis en \u00e9vidence \u00e0 la fois par sa structure crustale typique (caract\u00e9ris\u00e9e par une cro\u00fbte tr\u00e8s mince de l&rsquo;ordre de 4\/5 km comme le montrent les donn\u00e9es de r\u00e9fraction), par la r\u00e9cup\u00e9ration, lors de plong\u00e9es, de plusieurs \u00e9chantillons de type basalte thol\u00e9iitique (au large de la Corse notamment) ou de tristanite dat\u00e9e d&rsquo;environ 18 Ma, ou encore par la mise en \u00e9vidence d&rsquo;anomalies magn\u00e9tiques plus ou moins align\u00e9es indiquant un fonctionnement de type dorsale oc\u00e9anique.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-11.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 11. Sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental (d&rsquo;apr\u00e8s Rehault et al. 1985).<\/center>Mauffret avait d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, d\u00e8s 1976, la relative similitude entre ce bassin marginal m\u00e9diterran\u00e9en et celui que repr\u00e9sente la mer du Japon, tout en indiquant que les processus de formation semblaient identiques \u00e0 ceux ayant abouti \u00e0 la cr\u00e9ation des grands espaces oc\u00e9aniques.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture oc\u00e9anique de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, apparemment tr\u00e8s rapide (3 Ma), peut, en plan, \u00eatre d\u00e9crite par une rotation dans le sens inverse des aiguilles d&rsquo;une montre, du bloc Corse\/Sarde d&rsquo;environ 25 \u00e0 30\u00b0, ce que confirment d&rsquo;ailleurs \u00e9galement des mesures pal\u00e9o-magn\u00e9tiques obtenues \u00e0 cette \u00e9poque. Les chercheurs de Villefranche, comme d&rsquo;ailleurs leurs coll\u00e8gues de l&rsquo;IFP, mirent \u00e9galement bien en \u00e9vidence la pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9pais d\u00e9p\u00f4ts, \u00e0 vitesse sismique \u00e9lev\u00e9e, attribu\u00e9s \u00e0 un Messinien salif\u00e8re, \u00a0\u00bb en sandwich \u00a0\u00bb entre un Mioc\u00e8ne inf\u00e9rieur \u00e0 sup\u00e9rieur, d&rsquo;abord plut\u00f4t de faci\u00e8s d\u00e9tritique puis marin, et une couverture Plioc\u00e8ne\/Quaternaire marine, hypoth\u00e8ses s&rsquo;appuyant sur les quelques r\u00e9sultats de forages des deux campagnes DSDP conduites en M\u00e9diterran\u00e9e, en 1971 et 1976, respectivement.<\/p>\n<p>Autrement dit, en 1985, c&rsquo;est-\u00e0-dire moins de vingt-cinq ans apr\u00e8s le d\u00e9but d&rsquo;une exploration syst\u00e9matique, l&rsquo;essentiel de l&rsquo;histoire g\u00e9ologique du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental, dont on ignorait pratiquement tout dans les ann\u00e9es 1950, \u00e9tait \u00e9lucid\u00e9, m\u00eame si, bien s\u00fbr, restaient \u00e0 pr\u00e9ciser de nombreux points concernant les modalit\u00e9s et les processus ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation, points sur lesquels de nombreux chercheurs travaillent encore de nos jours.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-12.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 12. Coupe g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 travers l&rsquo;ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental entre les Maures et la Corse (d&rsquo;apr\u00e8s Rehault et al. 1985).<\/center><\/p>\n<div class=\"st0\">V &#8211; La mer Tyrrh\u00e9nienne (J. M.)<\/div>\n<p>L&rsquo;acc\u00e8s accru \u00e0 des moyens \u00e0 la mer de plus en plus puissants (navires et outils), s&rsquo;ajoutant \u00e0 la naissance de nouveaux concepts, comme par exemple l&rsquo;\u00e9tirement continental et la cr\u00e9ation concomitante des marges continentales, nous inclina \u00e0 regarder ailleurs, un peu plus loin que les chantiers de proximit\u00e9 qu&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 ceux de la marge m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise ou de la p\u00e9riph\u00e9rie du bassin occidental. C&rsquo;est vers la fin des ann\u00e9es soixante-dix que Rehault, Gennesseaux et quelques \u00e9tudiants (Laurence Viaris, Eric Moussat, Michel Thommeret, entre autres) commenc\u00e8rent alors \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la micro-M\u00e9diterran\u00e9e que repr\u00e9sentait la mer Tyrrh\u00e9nienne, dont on ignorait alors la nature et l&rsquo;\u00e2ge (certains parlaient m\u00eame alors d&rsquo;un fragment continental effondr\u00e9 recouvert de s\u00e9diments remontant au Trias !). Ce petit espace marin, coinc\u00e9 entre le bloc corso-sarde \u00e0 l&rsquo;ouest, l&rsquo;Italie p\u00e9ninsulaire \u00e0 l&rsquo;est et la Sicile au Sud, correspond en fait \u00e0 une r\u00e9gion d&rsquo;extension tectonique affectant une plaque sup\u00e9rieure, la bordure europ\u00e9enne, au sein d&rsquo;une zone de convergence : l&rsquo;arc calabrais. Ce petit bassin peut donc \u00eatre, comme tel, qualifi\u00e9 de bassin de type arri\u00e8re-arc. \u00c0 l&rsquo;inverse de la plupart des bassins arri\u00e8re-arc cr\u00e9\u00e9s en domaine intra-oc\u00e9anique, cependant la mer Tyrrh\u00e9nienne est n\u00e9e et se d\u00e9veloppe par extension d&rsquo;un domaine continental \u00e9pais, voire m\u00eame \u00e9paissi, car ant\u00e9rieurement lieu de plusieurs collisions continentales, dont la derni\u00e8re en date est issue de la phase alpine. Nos coll\u00e8gues italiens (surtout des chercheurs de Bologne) avaient entrepris son \u00e9tude depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 sous l&rsquo;impulsion de Raimondo Selli, et avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 disposition de nombreux r\u00e9sultats tant g\u00e9ophysiques (sismique r\u00e9flexion) que g\u00e9ologiques (\u00e9chantillons dragu\u00e9s et\/ou carott\u00e9s). Les enregistrements de sismique r\u00e9flexion ainsi que la morphologie y montrent clairement, de part et d&rsquo;autre de petits bassins centraux profonds (3 500 m), une structure en blocs bascul\u00e9s orient\u00e9s NO-SE ; sur le versant sarde ces blocs documentent un soubassement continental, form\u00e9 de granites et gneiss et une couverture de calcaires m\u00e9sozo\u00efques. \u00c0 l&rsquo;est, au long du versant campanien et calabrais, ce sont surtout des \u00e9l\u00e9ments provenant de la structuration alpine, voire apenninique, qui constituent l&rsquo;armature de ces blocs. La couverture s\u00e9dimentaire, fortement tectonis\u00e9e, comporte, d&rsquo;ouest en est, des s\u00e9ries allant du Tortonien (discordant) au Plioc\u00e8ne ; le Messinien, atypique du point de vue de sa signature sismique, est variablement \u00e9pais et n&rsquo;existe pas dans le domaine oriental du bassin. La coupe de la couverture s\u00e9dimentaire se termine par une s\u00e9rie compl\u00e8te de d\u00e9p\u00f4ts plioc\u00e8nes, d&rsquo;abord de faci\u00e8s \u00a0\u00bb Trubi \u00a0\u00bb \u00e0 la base, puis quaternaires, qui recouvrent, en adoucissant ses reliefs, le domaine bathyal profond. Apr\u00e8s la r\u00e9alisation de plusieurs campagnes sur des navires du CNEXO ou du CNR italien, et en \u00e9troite coop\u00e9ration avec nos coll\u00e8gues italiens, trois op\u00e9rations d\u00e9cisives furent conduites par les chercheurs de Villefranche et de Paris au cours des ann\u00e9es 1980 : (a) une campagne, Cyrrh\u00e8ne, mettant en \u0153uvre le submersible\u00a0<i>Cyana<\/i>, (b) une campagne de sismique r\u00e9flexion multitrace conduite sur le Nadir en 1985 avec l&rsquo;outil sismique de l&rsquo;IFP, enfin (c) une campagne de forages scientifiques, la campagne ODP 107 en 1986 \u00e0 bord du navire de forage\u00a0<i>Joides Resolution<\/i>.<\/p>\n<p>Constitu\u00e9 de chercheurs fran\u00e7ais, dont Maurice Gennesseaux, Jean-Pierre Rehault,\u00a0<a href=\"https:\/\/grenoble-sciences.ujf-grenoble.fr\/pap-ebook\/mascle\/auteur\">Georges Mascle<\/a>, Alain Mauffret, Claude Robin, et italiens dont Augusto Fabbri, Ricardo Polino, Renzo Sartori, le groupe Cyrrh\u00e8ne proc\u00e9da, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, \u00e0 une s\u00e9rie de 17 plong\u00e9es avec le submersible\u00a0<i>Cyana<\/i>\u00a0; ces derni\u00e8res furent surtout ax\u00e9es sur les pentes des blocs bascul\u00e9s n\u00e9og\u00e8nes bordant le fond des petits bassins centraux (de type oc\u00e9anique) de la mer Tyrrh\u00e9nienne et accident\u00e9s de grands volcans, les monts Vavilov, Magnaghi et Marsili.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-13a.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><\/td>\n<td><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-13b.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Fig. 13. Deux vues prises par la\u00a0<i>Cyana<\/i>, vers -3 000 m de profondeur, sur les parois volcaniques du mont Vavilov et s\u00e9dimentaires (Pal\u00e9ozo\u00efque) du mont De Marchi.La grande d\u00e9ception de cette campagne fut de se heurter \u00e0 une cimentation post-messinienne, quasi totale, de presque tous les affleurements ; ce ph\u00e9nom\u00e8ne rendit pratiquement impossible les tentatives de pr\u00e9l\u00e8vements, mais heureusement pas les observations ; et ce jusqu&rsquo;\u00e0 3 500 m de profondeur (un record pour la\u00a0<i>Cyana<\/i>, d&rsquo;habitude limit\u00e9e \u00e0 3 000 m).<\/p>\n<p>Ces observations, ainsi que les diverses analyses structurales, soulignent la continuit\u00e9 des mouvements tectoniques, surtout verticaux, se r\u00e9p\u00e9tant du Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur \u00e0 nos jours dans le domaine ; \u00e0 l&rsquo;ouest d&rsquo;une grande faille, dite centrale, bordant la marge sarde \u00e0 l&rsquo;est, les divers blocs bascul\u00e9s issus de fractures NE-SO, d&rsquo;\u00e2ge tortonien, d\u00e9coup\u00e9s par des failles transverses, furent soumis \u00e0 une intense \u00e9rosion a\u00e9rienne. Des d\u00e9p\u00f4ts messiniens, de nature salif\u00e8re seulement en milieu de marge, t\u00e9moignent d&rsquo;une activit\u00e9 tectonique permanente durant cette p\u00e9riode ; au cours du Plio-Quaternaire l&rsquo;extension perdure, en particulier dans le SE du bassin, en g\u00e9n\u00e9rant de nouveaux blocs \u00e9mergeant de la plaine bathyale suivant une fracturation de direction plut\u00f4t N-S.<\/p>\n<p>La plupart des pentes, tr\u00e8s abruptes, visit\u00e9es durant la campagne Cyrrh\u00e8ne sont couvertes d&rsquo;un d\u00e9tritique de toutes dimensions, galets, blocs parfois m\u00e9triques, provenant vraisemblablement d&rsquo;une \u00e9rosion a\u00e9rienne d&rsquo;\u00e2ge tortonien, celle accompagnant le rifting, r\u00e9activ\u00e9e en partie peu apr\u00e8s lors de l&rsquo;\u00e9pisode messinien. Des d\u00e9p\u00f4ts plus fins, sans doute autochtones, tapissent la plupart des replats. Mais presque partout une cimentation carbonat\u00e9e, ayant abouti \u00e0 des enduits trop r\u00e9sistants pour les moyens de pr\u00e9l\u00e8vement de la\u00a0<i>Cyana<\/i>, r\u00e9duisit les possibilit\u00e9s de pr\u00e9l\u00e8vement. Les quelques \u00e9chantillons obtenus, ainsi que les pr\u00e9l\u00e8vements ant\u00e9rieurs, indiquent que phyllades, quartzites et roches calcaires affleurent directement le long des pentes de la faille centrale, tandis que les reliefs de la bordure apenninique, tels les monts De Marchi et Flavio Gioia, sont constitu\u00e9s d&rsquo;une \u00e9paisse formation \u00e0 litage fin, en fait constitu\u00e9e de phyllades gr\u00e9so-p\u00e9litiques. Au centre de cet ensemble, issu d&rsquo;un rifting r\u00e9cent, le volcan Vavilov, le plus volumineux (38 km sur 18 km) des trois ensembles volcaniques cit\u00e9s, atteint 3 000 m de d\u00e9nivel\u00e9e \u00e0 partir du socle acoustique. Son relief semble plus r\u00e9cent que celui de la cro\u00fbte oc\u00e9anique encaissante (3,5 Ma) dont il semble issu ; les datations d&rsquo;\u00e9chantillons ont en effet fourni des \u00e2ges entre -2 et -0,1 Ma. Les observations faites \u00e0 partir de la\u00a0<i>Cyana<\/i>\u00a0le long de ses versants ont montr\u00e9 que le volcan Vavilov \u00e9tait compos\u00e9 d&rsquo;au moins deux ensembles distincts.<\/p>\n<p>De la base (circa -3 500 m) jusqu&rsquo;\u00e0 -1 500 m, on observe les effets d&rsquo;extrusions poli-fissurales avec des coul\u00e9es en coussins, parfois de 25 \u00e0 50 m d&rsquo;\u00e9paisseur et formant des tombants quasi verticaux, ainsi que des tubes en structure radiaire, l&rsquo;ensemble \u00e9tant affect\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9seau de failles de m\u00eame orientation que celles des blocs bascul\u00e9s continentaux voisins. Ce b\u00e2ti semble \u00eatre globalement bascul\u00e9 vers l&rsquo;ouest (d&rsquo;environ 10\u00b0), dispositif interpr\u00e9t\u00e9 alors comme un effet direct de la subduction, toujours active dans le Sud-Est du massif.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de -1 500 m de profondeur, les plong\u00e9es indiqu\u00e8rent la pr\u00e9sence de deux centres \u00e9ruptifs, mais n&rsquo;ayant \u00e9mis des coul\u00e9es en \u00a0\u00bb pillows \u00ab\u00a0, et conformes \u00e0 la pente, que dans la partie inf\u00e9rieure ; au-dessus de -1 000 m les laves observ\u00e9es apparaissent plus fluides, voire scoriac\u00e9es en surface. Le c\u00f4ne sommital actuel semble avoir \u00e9t\u00e9 mis en place, au Pl\u00e9istoc\u00e8ne inf\u00e9rieur, en milieu a\u00e9rien. Les \u00e9chantillons des laves les plus r\u00e9centes, provenant de ces coul\u00e9es a\u00e9riennes probables, indiqueraient pour Robin, l&rsquo;un des scientifiques embarqu\u00e9s, une subsidence de 500 m, soit de l&rsquo;ordre de 5 mm\/an, et consid\u00e9r\u00e9e comme r\u00e9sultant d&rsquo;un r\u00e9ajustement isostatique.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes analyses, tant sur roches ant\u00e9rieures \u00e0 Cyrrh\u00e8ne que celles faites sur des \u00e9chantillons de la campagne, indiquent des diff\u00e9rences importantes entre les laves du Vavilov et celles provenant de la cro\u00fbte oc\u00e9anique environnante. Le mont Vavilov ne peut donc pas correspondre \u00e0 un simple centre d&rsquo;expansion oc\u00e9anique, mais plus vraisemblablement \u00e0 une structure composite r\u00e9activ\u00e9e sous l&rsquo;effet de la subduction toujours active au SE.<\/p>\n<p>Au cours de l&rsquo;hiver 1985, une \u00e9quipe de Villefranche (dont Jean Mascle), \u00e9paul\u00e9e par quelques universitaires de Bologne (en particulier Sartori) acquit, sous la direction de Rehault, et gr\u00e2ce \u00e0 la mise en \u0153uvre d&rsquo;un \u00e9quipement de l&rsquo;Institut fran\u00e7ais du P\u00e9trole, un ensemble de profils sismique r\u00e9flexion dits multitraces \u00e0 travers l&rsquo;ensemble du bassin tyrrh\u00e9nien. Ces profils tr\u00e8s p\u00e9n\u00e9trants, mais offrant aussi une tr\u00e8s bonne d\u00e9finition, constitu\u00e8rent la premi\u00e8re imagerie sismique syst\u00e9matique et de qualit\u00e9, non seulement \u00e0 travers la marge continentale sarde, le bassin Vavilov et la marge campanienne, mais aussi le bassin dit du Marsili et une partie de la marge calabraise.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-14.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 14. Profil sismique multitrace \u00e0 travers l&rsquo;un des blocs bascul\u00e9s de la marge sarde.<\/center>Le traitement de ces donn\u00e9es fut presque une course contre la montre car, outre la grande qualit\u00e9 des images sismiques qu&rsquo;ils apportaient, ces profils \u00e9taient absolument indispensables aux choix d\u00e9finitifs, tant scientifiques qu&rsquo;en terme de s\u00e9curit\u00e9 n\u00e9cessaire, qu&rsquo;il fallait pr\u00e9senter tr\u00e8s rapidement aux diff\u00e9rents comit\u00e9s du r\u00e9cent Ocean Drilling Program, qui avait retenu dans son calendrier une campagne de forages scientifiques en mer Tyrrh\u00e9nienne avec son nouveau navire foreur, le\u00a0<i>Joides Resolution<\/i>, et ce au cours de l&rsquo;hiver 1986 ! La course au traitement fut gagn\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 du service sp\u00e9cialis\u00e9 de l&rsquo;IFP, le seul alors en France \u00e0 \u00eatre capable d&rsquo;effectuer ces op\u00e9rations pour le compte d&rsquo;un laboratoire universitaire ; ces donn\u00e9es permirent \u00e9galement d&rsquo;obtenir l&rsquo;aval des diff\u00e9rentes instances du programme ODP, dont les redoutables \u00a0\u00bb Planning \u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb Safety Committees \u00ab\u00a0, sans l&rsquo;avis final desquels aucune campagne de forages scientifiques n&rsquo;\u00e9tait envisageable et finalement programmable. Non seulement les nouveaux profils sismiques, de tr\u00e8s grande qualit\u00e9 apr\u00e8s traitement, permirent de confirmer une partie des interpr\u00e9tations et conclusions provenant des travaux ant\u00e9rieurs, mais ils fournirent aussi la base de plusieurs nouvelles hypoth\u00e8ses concernant le \u00a0\u00bb timing \u00a0\u00bb et les m\u00e9canismes d&rsquo;ouverture du bassin tyrrh\u00e9nien. La g\u00e9om\u00e9trie et la stratigraphie sismique des diff\u00e9rentes unit\u00e9s s\u00e9dimentaires accompagnant l&rsquo;\u00e9tirement de la cro\u00fbte continentale est-sarde furent particuli\u00e8rement bien pr\u00e9cis\u00e9es, de m\u00eame que les caract\u00e9ristiques g\u00e9otectoniques de la transition continent\/oc\u00e9an au niveau des bassins Vavilov et Marsili. Ces donn\u00e9es d\u00e9montraient en particulier que la marge sarde offre une grande similitude, tant en ce qui concerne ses dimensions, sa structure g\u00e9ologique (autrement dit son d\u00e9coupage en blocs bascul\u00e9s et demi grabens), que sa structure crustale (amincissement progressif faisant passer l&rsquo;\u00e9paisseur crustale de 35 km en haut de marge \u00e0 quelques 6\/7 km face au bassin Vavilov), avec la plupart des marges passives cr\u00e9\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de grands espaces oc\u00e9aniques, tel l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique. Les diff\u00e9rences avec ces derniers objets concernent pour l&rsquo;essentiel les modalit\u00e9s (le moteur si l&rsquo;on veut) de l&rsquo;\u00e9tirement et, bien entendu, la vitesse de cr\u00e9ation. La stratigraphie sismique confirmait en effet en grande partie les hypoth\u00e8ses ant\u00e9rieures, c&rsquo;est-\u00e0-dire une phase de rifting d\u00e9butant vraisemblablement au Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur (Tortonien ?) et se terminant au cours du Plioc\u00e8ne sup\u00e9rieur, donc une cr\u00e9ation de la marge en quelques millions d&rsquo;ann\u00e9es (6 \u00e0 7 tout au plus), ce qui est rapide compar\u00e9 aux longues p\u00e9riodes de rifting (20 \u00e0 40 millions d&rsquo;ann\u00e9es) des marges passives classiques pr\u00e9c\u00e9dant la mise en place de la cro\u00fbte oc\u00e9anique. Une telle diff\u00e9rence impliquait un m\u00e9canisme de cr\u00e9ation lui-m\u00eame tr\u00e8s diff\u00e9rent, ce que la proximit\u00e9 d&rsquo;une collision voisine (pouvant mettre en jeu un \u00e9paississement et un effondrement gravitaire) et\/ou d&rsquo;une subduction (et son retrait progressif) pouvait permettre d&rsquo;expliquer. La disponibilit\u00e9 de ces nouvelles donn\u00e9es, acquises en continu du haut de marge \u00e0 sa base extr\u00eame, permit \u00e9galement de se rendre compte que ce rifting n&rsquo;\u00e9tait pas synchrone tout au long de la marge, mais semblait progresser dans le temps du haut de la marge (o\u00f9 il d\u00e9butait d\u00e8s le Tortonien), atteignant la marge inf\u00e9rieure seulement \u00e0 partir du Messinien (avec de beaux exemples de bassin messiniens \u00a0\u00bb synrifts \u00ab\u00a0), en se terminant en base de pente continentale, au cours du Plioc\u00e8ne moyen, avant de \u00a0\u00bb sauter \u00a0\u00bb vers le SO dans la r\u00e9gion qui, deux millions d&rsquo;ann\u00e9es plus tard, donnerait naissance au petit bassin Marsili, tr\u00e8s comparable au bassin Vavilov, et \u00e9galement accident\u00e9 en son centre d&rsquo;un gros appareil magmatique poss\u00e9dant plusieurs centres d&rsquo;\u00e9mission.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, le 26 d\u00e9cembre 1985, le\u00a0<i>Joides Resolution<\/i>\u00a0appareillait de Malaga pour un peu plus de 45 jours afin de r\u00e9aliser 11 forages, r\u00e9partis en 7 sites, \u00e0 travers l&rsquo;ensemble de la mer Tyrrh\u00e9nienne, depuis le bassin Marsili (site ODP 650) jusqu&rsquo;en en haut de la marge continentale sarde (site ODP 654). L&rsquo;\u00e9quipe scientifique embarqu\u00e9e (codirig\u00e9e par Jean Mascle et\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ldeo.columbia.edu\/~kastens\/\">Kim Kastens<\/a>, jeune chercheuse am\u00e9ricaine du Lamont Doherty Geological Observatory) comprenait une vingtaine de chercheurs, dont quatre Fran\u00e7ais (<a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/auroux.html\">Christian Auroux<\/a>, Georgette Gla\u00e7on,\u00a0<a href=\"https:\/\/grenoble-sciences.ujf-grenoble.fr\/pap-ebook\/mascle\/auteur\">Georges Mascle<\/a>\u00a0et Jean-Pierre Rehault) et quatre Italiens (<a href=\"http:\/\/www.dancalia.it\/dancalia\/curriculum-vitae-di-persone-varie\/enrico-bonatti\/\">Enrico Bonatti<\/a>, Pietro Curzi, Renzo Sartori et Rodolfo Sprovieri), pour la plupart s\u00e9dimentologistes ou sp\u00e9cialistes, soit du bassin tyrrh\u00e9nien et de ses bordures, soit du pal\u00e9o-environnement m\u00e9diterran\u00e9en. Les 11 forages, par des profondeurs d&rsquo;eau entre 3 590 m pour le plus profond (site 651) et 2 218 m pour le moins profond (site 654) permirent de collecter un peu plus de 2 km cumul\u00e9s d&rsquo;\u00e9chantillons sur pr\u00e8s de 3 500 m de s\u00e9diments et de roches for\u00e9s. Les r\u00e9sultats furent \u00e0 la hauteur des esp\u00e9rances.<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-15.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 15. Carte du bassin Tyrrh\u00e9nien et localisation des forages ODP 107.<\/center>Le 18 f\u00e9vrier, le navire foreur arrivait \u00e0 Marseille avec une \u00e9quipe scientifique fatigu\u00e9e, mais riche d&rsquo;une exp\u00e9rience inoubliable ; ces presque deux mois en mer, avec un groupe de sp\u00e9cialistes en sciences de la Terre de presque toutes disciplines, avaient pass\u00e9 \u00e0 une vitesse incroyable et les mille et quelques pages du rapport (\u00a0\u00bb Initial Reports \u00ab\u00a0) fournissant les r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires de la campagne \u00e9taient quasi pr\u00eates \u00e0 \u00eatre publi\u00e9es (la l\u00e9gendaire efficacit\u00e9 am\u00e9ricaine !).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;excitation de la d\u00e9couverte, quasi permanente \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de chaque carotte de forage, commen\u00e7a alors une tout autre p\u00e9riode, celle de l&rsquo;analyse d\u00e9taill\u00e9e de l&rsquo;ensemble des r\u00e9sultats afin d&rsquo;\u00e9lucider non seulement l&rsquo;histoire et l&rsquo;\u00e9volution du petit bassin arri\u00e8re-arc tyrrh\u00e9nien, mais \u00e9galement les m\u00e9canismes de son extension ainsi que des conditions environnementales et pal\u00e9o-oc\u00e9anographiques qui avaient accompagn\u00e9 sa cr\u00e9ation. L&rsquo;\u00e9quipe de chercheurs embarqu\u00e9s, comprenant \u00e9galement des scientifiques allemands, am\u00e9ricains, britanniques, japonais, publia alors, dans les mois et ann\u00e9es qui suivirent, de nombreux articles avec l&rsquo;aide de nombreux autres sp\u00e9cialistes ayant demand\u00e9 un acc\u00e8s \u00e0 des \u00e9chantillons ; presque quatre ans apr\u00e8s la campagne, le volumineux volume (772 pages) des \u00a0\u00bb Scientific Results \u00ab\u00a0, qu&rsquo;il est impossible de r\u00e9sumer ici, repr\u00e9senta, avec celui des r\u00e9sultats initiaux, une v\u00e9ritable \u00a0\u00bb bible \u00a0\u00bb concernant non seulement l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un bassin arri\u00e8re-arc, n\u00e9 d&rsquo;une subduction dans une environnement continental (tous les sites du \u00a0\u00bb leg ODP 107 \u00ab\u00a0), mais aussi d&rsquo;une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale certains aspects de l&rsquo;\u00e9volution de la M\u00e9diterran\u00e9e, de l&rsquo;impact de la crise messinienne (sites 654, 652), ou encore des fluctuations pal\u00e9o-oc\u00e9anographiques et de l&rsquo;activit\u00e9 volcanique m\u00e9diterran\u00e9enne, au cours du Plioc\u00e8ne et du Quaternaire (sites 650, 651, 653).<\/p>\n<p><center><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/villefranche-16.png?w=1249&#038;ssl=1\" \/><br \/>\nFig. 16. Localisation des sites ODP 107 au long d&rsquo;un profil topographique et crustal \u00e0 travers la mer Tyrrh\u00e9nienne ; un log simplifi\u00e9 indique la nature et l&rsquo;\u00e2ge des diff\u00e9rents s\u00e9diments carott\u00e9s ainsi que ceux des roches for\u00e9es.<\/center>Parmi les d\u00e9couvertes et r\u00e9sultats les plus significatifs citons sur le plan de la tectonique et de l&rsquo;\u00e9volution structurale : (1) la d\u00e9monstration de la co\u00efncidence entre \u00e9v\u00e9nements extensifs au sein du bassin, et compressifs \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie, contemporan\u00e9it\u00e9 qui plaide en faveur d&rsquo;un m\u00e9canisme d&rsquo;effondrement gravitaire d&rsquo;une lithosph\u00e8re continentale sur\u00e9paissie du fait de collisions ant\u00e9rieures ; (2) le diachronisme affectant la cr\u00e9ation de cro\u00fbte oc\u00e9anique au sein des deux bassins profonds (Vavilov puis Marsili) qui suppose un m\u00e9canisme de recul progressif (de type \u00a0\u00bb roll back \u00ab\u00a0) du front de subduction ; (3) l&rsquo;\u00e9tablissement du fait que le rifting affectant la marge sarde a effectivement bien d\u00e9but\u00e9 au cours du Tortonien, juste apr\u00e8s un changement majeur du mouvement relatif Afrique-Europe, qui pourrait l&rsquo;avoir favoris\u00e9 ; ce rifting se traduit d&rsquo;ailleurs par une extension tr\u00e8s rapide, elle m\u00eame diachrone au long de la marge, ph\u00e9nom\u00e8ne explicable par l&rsquo;activation d&rsquo;une grande zone de d\u00e9tachement crustal \u00e0 pendage oriental et \u00e9galement compatible avec le m\u00e9canisme de \u00a0\u00bb roll back \u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 invoqu\u00e9 ; (4) l&rsquo;extr\u00eame jeunesse du bassin Marsili, cr\u00e9\u00e9 seulement au cours du Plioc\u00e8ne terminal et du Pl\u00e9istoc\u00e8ne (les premiers hominiens pourraient avoir vu sa formation !) qui a ensuite subsid\u00e9 tr\u00e8s vite, peut-\u00eatre sous l&rsquo;effet d&rsquo;un refroidissement tr\u00e8s rapide d\u00fb \u00e0 sa petite taille ; (5) enfin le fait qu&rsquo;un ensemble de p\u00e9ridotites, directement issues du manteau sup\u00e9rieur, existe juste sous quelques centaines de m\u00e8tres de basaltes, au sein du bassin Vavilov ; autrement dit le manteau est subaffleurant \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres sous le centre du bassin tyrrh\u00e9nien.<\/p>\n<p>Au plan de l&rsquo;\u00e9volution s\u00e9dimentaire et pal\u00e9o-environnementale, citons quelques r\u00e9sultats significatifs comme : (1) le constat que depuis le Messinien, et jusqu&rsquo;au Pl\u00e9istoc\u00e8ne, la s\u00e9dimentation semble avoir \u00e9t\u00e9 surtout contr\u00f4l\u00e9e par des variations climatiques, ce qui se traduit par une forte cyclicit\u00e9, m\u00eame si dans le cas du Messinien il demeure difficile de savoir si ce contr\u00f4le est d\u00fb \u00e0 une alternance de p\u00e9riodes arides et humides, ou aux variations en apport d&rsquo;eau d&rsquo;origine atlantique ; (2) la pr\u00e9sence d&rsquo;une longue p\u00e9riode de transition (de l&rsquo;ordre de 250 000 ans) entre le Messinien, repr\u00e9sent\u00e9 par une grande vari\u00e9t\u00e9 de faci\u00e8s (soulignant une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;environnements de d\u00e9p\u00f4ts) et le r\u00e9tablissement final de conditions de s\u00e9dimentation, normales au d\u00e9but du Plioc\u00e8ne ; (3) l&rsquo;existence, au cours du Plioc\u00e8ne sup\u00e9rieur et du Pl\u00e9istoc\u00e8ne, de nombreux \u00e9pisodes de saprop\u00e8les, sans que l&rsquo;on puisse invoquer pour ces d\u00e9p\u00f4ts un apport massif d&rsquo;eau douce (mer Noire et\/ou Nil) comme dans le cas du bassin m\u00e9diterran\u00e9en oriental ; une hypoth\u00e8se raisonnable r\u00e9side \u00e0 la fois dans la combinaison des effets d&rsquo;une productivit\u00e9 parfois fortement accrue et d&rsquo;une stratification importante de la couche d&rsquo;eau ; une telle explication est \u00e9ventuellement g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 l&rsquo;ensemble de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>On pourrait citer de nombreux autres r\u00e9sultats qui ont enfin permis de calibrer les donn\u00e9es g\u00e9ophysiques par la r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9ologique, valables non seulement pour le bassin tyrrh\u00e9nien mais transf\u00e9rables \u00e0 l&rsquo;ensemble du domaine m\u00e9diterran\u00e9en. Le \u00a0\u00bb leg ODP 107 \u00a0\u00bb fut, \u00e0 beaucoup de points de vue, une r\u00e9volution \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Par la suite, au cours des ann\u00e9es 1990, le dossier tyrrh\u00e9nien f\u00fbt peu \u00e0 peu repris par nos coll\u00e8gues italiens qui, tout en poursuivant des \u00e9tudes de d\u00e9tail, en dress\u00e8rent une magnifique carte morphologique gr\u00e2ce \u00e0 des relev\u00e9s bathym\u00e9triques multifaisceaux, qui d\u00e9montrent d&rsquo;ailleurs sans ambigu\u00eft\u00e9 la pr\u00e9sence de nombreux \u00e9difices volcaniques r\u00e9cents \u00e0 l&rsquo;axe des massifs magmatiques Vavilov et Marsili ; la nature de mini-dorsales de ces \u00e9difices ne peut plus, \u00e0 mon avis, faire de doute m\u00eame si ces \u00a0\u00bb dorsales \u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9es par un magmatisme d&rsquo;arc (ce qui n&rsquo;est pas surprenant compte tenu de la proximit\u00e9 avec la subduction et les volcans calco-alcalins). Pendant que nos amis italiens reprenaient en quelque sorte la possession scientifique de leur mer interne, les \u00e9quipes fran\u00e7aises, fortes de cette exp\u00e9rience en M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;analyse du bassin m\u00e9diterran\u00e9en oriental, o\u00f9 les attendaient des \u00e9difices tectoniques, ou s\u00e9dimentaires, d&rsquo;une toute autre ampleur tels les prismes d&rsquo;accr\u00e9tion (arc calabrais, ride m\u00e9diterran\u00e9enne) ou les grands appareils s\u00e9dimentaires (delta et c\u00f4ne du Nil), et des ph\u00e9nom\u00e8nes et processus encore inconnus dans les ann\u00e9es 1980, tels les sorties de fluides et autres volcans de boue. Mais ceci est une autre histoire !<\/p>\n<p>En guise d&rsquo;\u00e9pilogue : une campagne de sismique r\u00e9flexion multitrace et de sismique grand angle (mettant en \u0153uvre des OBSs, Ocean Bottom Seismometers, ou sismographes marins) a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 conduite en mer Tyrrh\u00e9nienne par une \u00e9quipe de g\u00e9ophysiciens marins de Barcelone et de Bologne. De l&rsquo;analyse de ces donn\u00e9es, qui fournissent effectivement des images remarquables de la structure profonde du bassin, les chercheurs ont conclu, entre autres, que le manteau sup\u00e9rieur devait \u00eatre tr\u00e8s proche sous le bassin Vavilov. Ils avaient tout simplement oubli\u00e9, ou ignor\u00e9, les r\u00e9sultats du leg ODP 107 qui, 25 plus t\u00f4t, avait permis d&rsquo;\u00e9chantillonner,\u00a0<i>in situ<\/i>, et sous la forme de p\u00e9ridotites serpentinis\u00e9es, ce manteau sup\u00e9rieur subaffleurant. Ainsi va la science !<\/p>\n<div class=\"st0\">Remerciements<\/div>\n<p>Nous remercions l&rsquo;ensemble des personnels, chercheurs, enseignants-chercheurs des diff\u00e9rents laboratoires de Villefranche et de Paris d&rsquo;alors, les marins et personnels techniques des divers navires de l&rsquo;Universit\u00e9, du Cnrs, du Cnexo devenu par la suite Ifremer, de la Marine Nationale, ceux de la\u00a0<i>Calypso<\/i>, sans lesquels ces travaux n&rsquo;auraient jamais vu le jour. Il n&rsquo;est pas possible ici de les citer tous.<\/p>\n<p>Avec une pens\u00e9e particuli\u00e8re pour nos coll\u00e8gues italiens avec lesquels une coop\u00e9ration toujours amicale et fructueuse a exist\u00e9 lors de notre d\u00e9couverte commune de la g\u00e9ologie de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale !<\/p>\n<p>Cet essai de synth\u00e8se de ce que nous avons alors tent\u00e9 de faire tous ensemble leur est d\u00e9di\u00e9.<\/p>\n<p>Remerciements \u00e0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.annales.org\/archives\/cofrhigeo\/gilbert-boillot.html\">Gilbert Boillot<\/a>\u00a0et Georges Mascle pour leurs avis et relectures de ce texte.<\/p>\n<div class=\"st0\">Choix de r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques (par ordre chronologique)<\/div>\n<div class=\"st1\">1) Les d\u00e9buts (des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1970)<\/div>\n<ol>\n<li>BOURCART, J. (1948). Sur la g\u00e9ologie du Rech Lacaze-Duthiers, canyon sous-marin du Roussillon. Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris, 2, 26, (D), p. 1827-1829.<\/li>\n<li>BOURCART, J. (1949). Les d\u00e9formations r\u00e9centes et leur influence sur le model\u00e9 actuel, la Th\u00e9orie de la Flexure continentale. Comptes Rendus du 16e Congr\u00e8s International de G\u00e9ographie de Lisbonne, p. 167-190.<\/li>\n<li>BOURCART, J. (1958). Probl\u00e8mes de G\u00e9ologie sous-marine. Masson Editeur. Paris, 127 p.<\/li>\n<li>BOURCART, J. (1958). Carte du Pr\u00e9continent Sous-Marin entre Antibes et G\u00eanes. Publication sp\u00e9ciale du Mus\u00e9e oc\u00e9anographique de Monaco.<\/li>\n<li>BOURCART, J., GENNESSEAUX, M., KLIMEK, E. et LE CALVEZ, Y. (1960). Les s\u00e9diments des vall\u00e9es sous-marines au large dans le golfe de G\u00eanes. Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris , 251, (D), p. 1344-1345.<\/li>\n<li>BOURCART, J. (1960) Carte topographique du fond de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale. Bulletin de l&rsquo;Institut oc\u00e9anographique de Monaco, 1163, p. 3-20.<\/li>\n<li>ALINAT, E. et COUSTEAU, J.-Y. (1962). Accidents de terrain en mer Ligure. In : Colloque national du CNRS, Villefranche-sur-Mer, 4-8 avril 1961. CNRS \u00e9diteur, p. 121-123.<\/li>\n<li>BOURCART, J., GENNESSEAUX, M. et KLIMEK, E. (1961). Sur le remplissage des Canyons sous-marins de la M\u00e9diterran\u00e9e fran\u00e7aise. Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris, 252, (D), p. 3695-3698.<\/li>\n<li>BOURCART, J. (1963). La M\u00e9diterran\u00e9e et la R\u00e9volution du Plioc\u00e8ne. In : Livre \u00e0 la M\u00e9moire du Professeur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.annales.org\/archives\/x\/fallot.html\">Paul Fallot<\/a>, Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9ologique de France, 1, p. 33-52.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M. (1964). L&rsquo;\u00e9volution des fonds sous-marins de la Baie des Anges et le delta du Var. Les Cahiers du Cerbom, XIII, (1), p. 3-17.<\/li>\n<li>BELLAICHE, G. (1969). \u00c9tude g\u00e9odynamique de la marge continentale au large du massif des Maures. Th\u00e8se d&rsquo;\u00c9tat, Universit\u00e9 de Paris, 221 p.<\/li>\n<li>MASCLE, J. (1969). G\u00e9ologie sous-marine du canyon de Toulon. Cahier oc\u00e9anographique, XXIII, p. 241-249.<\/li>\n<li>PAUTOT, G, (1970). La marge continentale au large de l&rsquo;Est\u00e9rel (Fr) et les mouvements verticaux plioc\u00e8nes. Th\u00e8se d&rsquo;\u00c9tat, Universit\u00e9 de Paris.<\/li>\n<li>CLAUZON, G. (1975). Preuves et implications de la r\u00e9gression endor\u00e9ique messinienne au niveau des plaines abyssales : l&rsquo;exemple du midi m\u00e9diterran\u00e9en fran\u00e7ais. Bulletin de l&rsquo;Association fran\u00e7aise de S\u00e9dimentologie, 429, p. 317-331<\/li>\n<li>CLAUZON, G. (1978). The Messinian Var canyon (Provence, Southern France). Une preuve pal\u00e9og\u00e9ographique du bassin profond de dessication. Palaeogeography. Palaeoclimatology. Palaeoecology, 29, p. 15-40.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M. et LEFEBVRE (1980). Le pal\u00e9o-cours inf\u00e9rieur du Rh\u00f4ne au Messinien. G\u00e9ologie m\u00e9diterran\u00e9enne, 7, (1), p. 71-80.\n<div class=\"st1\">2) La marge continentale ni\u00e7oise et la vall\u00e9e sous-marine du Var<\/div>\n<\/li>\n<li>GEZE, B. (1963). Caract\u00e8res structuraux de l&rsquo;arc de Nice (Alpes Maritimes). In : Livre \u00e0 la m\u00e9moire du Professeur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.annales.org\/archives\/x\/fallot.html\">Paul Fallot<\/a>. Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9ologique de France, 2, p. 289-300.<\/li>\n<li>MURAOUR, P., DUCROT, J., GENNESSEAUX, M., GROUBERT, E. et MARCHAND, J.-P. (1965). \u00c9tude sismique par r\u00e9fraction sur la pente continentale ni\u00e7oise. Bulletin de l&rsquo;Institut oc\u00e9anographique de Monaco, 6, 1364.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M. et GLA\u00c7ON, G. (1972). Essai de stratigraphie du Plioc\u00e8ne sous-marin de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale. Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris, 275, (D), p. 1863-1866.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M. et REHAULT, J.-P. (1979). La ride s\u00e9dimentaire du Var : implications tectoniques et ph\u00e9nom\u00e8nes s\u00e9dimentaires li\u00e9s aux marges continentales. Rapport de la Commission internationale pour l&rsquo;\u00e9tude scientifique de la mer M\u00e9diterran\u00e9e, 247a, p. 261-262.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M. et VANNEY, J.-R. (1988). Cartographie de pr\u00e9cision du Prodelta du Var, marge continentale de Provence. Mappemonde, 88-2, p. 4-7.<\/li>\n<li>GENNESSEAUX, M., MAUFFRET, A. et PAUTOT G. (1980). Les glissements sous-marins de la pente continentale ni\u00e7oise et la rupture de c\u00e2bles en mer Ligure. Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris, 290, (D), p. 959-962.<\/li>\n<li>FOUCAULT, A., GENNESSEAUX, M. et CLERC-RENAUD, T. (1986). Dunes sous-marines engendr\u00e9es par les courants de turbidit\u00e9 sur la pente sud de la ride du Var (mer Ligure, M\u00e9diterran\u00e9e Occidentale). Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences, Paris, 303, (II), p. 129-134.<\/li>\n<li>DAN, G., SULTAN, N. et SAVOYE, B. (2007). The 1979 Nice Harbor catastrophe revisited : Trigger mechanism inferred geotechnical measurements and numerical modeling. Marine Geology, 245, p. 40-63<\/li>\n<li>SULTAN, N., SAVOYE, G., JOUET, D., LEYNAUD, D., COCHONAT, P., HENRY, P., STEGMAN, S. et KOPF, A. (2010) Investigation of possible submarine landslide at the Var delta front (Nice, continental slope, southern France). Canadian Journal of Geotechnics, 47, p. 486-496\n<div class=\"st1\">3) La naissance de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale<\/div>\n<\/li>\n<li>ALLAN, T.D. et MORELLI C. (1971). A Geophysical Study of the Mediterranean Sea. Bolletino Geofisica Teorica e Applicata, 13, (50), p. 9-142.<\/li>\n<li>MAUFFRET, A., AUZENDE, J.-M., OLIVET, J.-L. et PAUTOT, G. (1972). Le bloc continental bal\u00e9are (Espagne). Extension et \u00e9volution. Marine Geology, 12, p. 289-300.<\/li>\n<li>AUZENDE, J.-M., BONNIN, J. et OLIVET, J.-L. (1973). The origin of the Mediterranean Basin. Journal of the Geological Society of London, 129, p. 607-620.<\/li>\n<li>FINETTI I. et MORELLI C. (1973). A geophysical exploration of the Mediterranean Sea. Bolletino Geofisica Teorica e Applicata, 15, (60), p. 263-341.<\/li>\n<li>RYAN, W.B.F., HS\u00dc, K.J., et al. (1973). Initial Reports of the Deep Sea Drilling Project. XIII, Washington (US Government Printing Office) ,514 p.<\/li>\n<li>HS\u00dc, K.J, RYAN, W.B.F et CITA, M.B (1973). Late Miocene desiccation of the Mediterranean. Nature, 242, p. 240-244.<\/li>\n<li>BIJU-DUVAL, B. (1974). 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